Costa Rica III. Le sas de décompression.

Encore de la Cloud Forest, encore !

Pas très loin de l’endroit où nous vivons notre expérience de volontariat se trouvent 3 réserves naturelles : Monteverde, Santa Elena et Bosque Eternos de los Niños. Eddy et Papi nous avaient conseillé une belle randonnée à faire en partant de la cabane pour rejoindre la route qui mène aux réserves. Nous nous sommes donc octroyés une pause fraîcheur de quelques jours dans la Cloud Forest. Levés aux aurores, un sac à dos avec le minimum sur le dos, on part en direction de Santa Rosa, un petit village que nous devons traverser. Les oiseaux se réveillent à peine et commencent à s’agiter, de superbes toucans nous survolent.

Sur le chemin, quelques rares habitations typiques.

Après 8 kilomètres de marche au milieu des pâturages, nous voilà de retour à la civilisation ! Un bus nous ramasse pour effectuer la vingtaine de kilomètres qui nous sépare du village de Santa Elena, où nous dormirons.

Nous ne pouvons pas nous permettre de payer l’entrée des 3 réserves (entre 15$ et 20$ par jour et par parc). D’après les blogs de voyageurs, Monteverde est la plus populaire, avec un maxi pont suspendu, une ambiance typique de Cloud Forest mais c’est aussi la plus chère et la plus visitée. Bosque Eternos de los Niños est une Rain Forest. C’est la plus grande réserve naturelle privée du pays aux sentiers faciles et accessibles. Pour info, la Cloud Forest se trouve plus haut en altitude (entre 600 et 900 mètres) que la Rain Forest. Elle possède un micro-climat tout particulier car elle baigne la plupart de l’année dans un épais nuage brumeux. Les rivières sont aussi différentes : larges, avec un débit lent pour la Rain Forest ; étroites et rapides pour la Cloud Forest.

Sur la route en épingle, on peut bien se rendre compte de ce qu’est une Cloud Forest !

Amoureux de la Cloud Forest, on opte alors pour la réserve de Santa Elena qui se veut moins convoitée, avec des sentiers un poil plus sportifs. Allergiques aux touristes, nous sommes quasiment les premiers à entrer dans la réserve. La carte de la réserve indique plusieurs sentiers allant de quelques centaines de mètres à 5 kilomètres, avec des points de vue. Je mesure pourquoi le billet d’entrée n’est pas donné : les sentiers sont très bien entretenus avec une signalétique claire et pas mal de panneaux d’informations au sujet de la faune et de la flore.

Je retrouve l’atmosphère mystique et toute particulière des Cloud Forest.

Chaque brindille est recouverte d’une mousse vert fluo et des lianes géantes pendent dans tous les sens. Les fougères et les arbres sont gargantuesques. J’attrape presque un torticolis à contempler cette canopée aux milles détails.

Comme un peu partout dans le pays, on trouve dans la région de Monteverde plusieurs variétés de Ficus. Mon préféré est le « figuier étrangleur ». Il pousse à partir d’une graine, pouvant être déposée par un singe par exemple, dans les hautes branches d’un arbre. Cet arbre lui permettra de grandir en devenant son tuteur et finira complètement englouti. Ses racines cherchant à rejoindre le sol, ce Ficus pousse du haut vers le bas contrairement aux autres arbres. On pourrait croire qu’il nuit à l’éco-système car il fait disparaitre son arbre tuteur. Il représente pourtant un élément clé de la Rain Forest en offrant des feuilles tout au long de l’année aux animaux.

Les « figuiers étrangleurs » ont toujours des formes surréalistes !

Les verts émeraudes laissent place aux bleus turquoises…

Le jour de quitter la cabane est arrivé. Nous voilà donc en route vers le Pacifique pour nous consoler, après des « aurevoirs » déchirants avec Papi. Il nous reste une semaine pour descendre la côte du Nord au Sud, jusqu’au Panama. Première étape : le Nord de la péninsule de Nicoya, où l’on pose nos sacs à dos près de Playa Brasilito. Pour être honnête, on a atterri là un peu par hasard, on voulait surtout éviter les stations balnéaires trop touristiques dont on a entendu parlé de ce côté là du pays.
Brasilito, c’est un village de pêcheur au bord de l’océan qui dégage une atmosphère spéciale. Quelques gringos sont de passage mais on peut voir que le village n’est pas encore prêt à accueillir un tourisme de masse. Il n’y pas d’hôtel, pas de boulangerie, seulement quelques bouï-bouï et quelques activités possibles (jetski, balade à cheval, quad). Au « centre » du village, se trouve un terrain vague bordé de maisonnettes plus ou moins abandonnées et 3 palmiers qui se battent en duel à l’entrée de la plage. Bizarrement, j’adore l’ambiance. J’apprécie que la vie locale ne soit pas encore perturbée par le tourisme et que la plage soit toute simple et belle.

Un pélican qui se repose entre deux plongeons.

Fait notable : une grande majorité des supérettes, et même les plus isolées, sont tenues par des Chinois. J’ai remarqué cela depuis le Panama jusqu’au fin fond du Costa Rica. J’en ai discuté avec un local qui me raconte que lorsque l’Amérique Centrale a ouvert ses frontières, les Chinois ont beaucoup investi.

La péninsule de Nicoya est bordée d’innombrables plages. On dit souvent que les plages du Pacifique sont moins belles que celles de la mer Caraïbes et que l’eau est moins turquoise. Mais franchement, les gens chipotent un peu… Elles sont toutes magnifiques ! Une chose qui, selon moi, fait la différence entre les deux côtes pourrait être leur fréquentation.

Nous nous promenons vers la plage Flamingo et sur la route, on surplombe Playa Brasilito et Playa Conchal qui forment un joli coeur !

En débarquant sur Playa Flamingo, on retrouve un décor de carte postale avec le triptyque gagnant sable blanc, palmiers, eau turquoise. En bonus : de la pelouse verte fraîchement tondue, des palaces vitrés et des plantes ornementales partout. C’est « joli » mais un peu surfait. Et gravitant autour de tout ça, des corps bien blancs remplis de crème solaire, chapeaux ombrelle et paréos fleuris. C’est plutôt chic… Après une bonne baignade et un bain de soleil, on remballe notre serviette Décat’ (dont la propreté reste à désirer, rappelez-vous nous quittons juste la cabane) pour retourner à notre humble Playa Brasilito…

On entend parler d’une plage secrète, que les locaux appellent Playa Mina. Elle serait restée sauvage car l’accès est difficile en voiture. Ce sont exactement le genre d’informations qui nous motivent à nous déplacer ! Après quelques kilomètres de marche, sous le même soleil de plomb, on arrive sur une crique magnifique quasiment déserte. On se croirait coupé du monde. Puis, à l’heure du déjeuner, pas mal de touristes et des familles costaricaines commencent à débarquer. Nous sommes Samedi et ils viennent profiter de leur week-end à la plage.

Du coup, on se motive pour grimper sur le côté de la crique pour prendre de la hauteur et profiter du panorama.

On continue d’emprunter le sentier qui redescend de l’autre côté de la colline. Et là, j’écarquille les yeux : une maxi plage de plusieurs kilomètres complètement déserte. J’ai du mal à croire que personne ne s’y baigne ! On ne peut pas s’empêcher de refaire un plouf…

En continuant sur le sentier boisé qui rejoint la route, je trouve une mangue par terre, puis 2, puis 3 puis des dizaines ! C’est apparemment la bonne époque pour passer sous les manguiers qui sont des arbres aussi grands qu’un chêne. Et dire qu’on les paye 2€ pièce en France, ici on y marche dessus…

Inutile de préciser qu’elles sont hyper sucrées méga trop bonnes.

Le Disneyland de la nature

Nous quittons Playa Brasilito pour un long voyage en bus jusqu’au Parc Manuel Antonio. Le Costa Rica est un petit pays mais le traverser reste une sacré aventure. Pour faire les 300 kilomètres qui nous sépare de notre dernière destination, nous changeons 5 fois de bus pour un trajet total d’environ 10 heures. Bien sûr, avec une compagnie de transport touristique, ça peut être bien plus rapide ! Je préfère les options plus lentes qui nous font traverser des petits villages et traîner dans les halls de gare ; il s’y passe toujours quelque chose. En attendant un de nos bus, nous faisons la connaissance d’un breton qui bosse depuis 6 mois sur la côte. Embauché par une entreprise canadienne, il est charpentier sur un bateau à voile destiné à transporter des produits d’Amérique Centrale vers le Canada.

Enfin arrivée à Manuel Antonio, je suis excitée comme une puce à l’idée de découvrir l’un des parcs naturels les plus fous du pays. Référencé dans le top 3 des activités du pays, je redoute aussi fortement l’affluence touristique. Pour atteindre notre auberge de jeunesse, on entre dans le village qui porte le même nom que le parc. On sent déjà l’attraction touristique. Des panneaux d’affichage gigantesques faisant la promotion de restaurants falafels bio cool, de pizzerias italiennes, de bars avec vue panoramique, de tyrolienne, de sortie gyrocoptère, de parachute surfing, … Le tout à des prix exorbitants en dollars. Le Costa Rica possède une monnaie nationale (le colon) mais dans certaines villes du pays (les plus touristiques) les dollars sont largement acceptés. C’est fou ce qu’un parc naturel peut créer comme économie.

Décidés à être les premiers à pénétrer dans le parc pour éviter le monde, on se lève à l’aube pour s’y rendre. Dans le bus, essentiellement des locaux qui partent bosser dans les hôtels de luxe. On peut lire sur le devant de leur T-shirt « Hotel**** Savanah » et dans leur dos « I ❤ my job ». Je retrouve un peu ce sentiment (peu agréable) de décalage, déjà ressenti aux San Blas. Les étrangers se délectent dans des endroits luxueux aux petits soins des locaux…

« Arrêt du parc, Terminus, tout l’monde descend ! » Enfin, seulement nous car on est tout seul et on s’en frotte les mains. Sauf qu’on déchante assez vite lorsqu’en arrivant devant la grille du parc, on lit : « Fermé les lundis »… Mais quel jour on est ?! Ah oui, on est lundi c’est exact ! C’est l’inconvénient de perdre la notion du temps et des jours de la semaine en voyage. Un guide, ce jour là en repos, nous aborde et nous conseille d’acheter nos entrées dés maintenant ; ce qui nous évitera la queue infinie demain matin. Nous voilà donc à 7h du matin, frais comme des gardons, pique-nique sur le dos et livrés à nous mêmes.

Heureusement, on se saisit de la situation et on décide d’un plan B : crapahuter tout le long de la côte à la découverte des plages.

Le lendemain, on se réjouit de gruger toute la queue pour pénétrer les premiers dans le parc. Notre stratégie est d’aller en premier jusqu’au point le plus lointain sur la carte pour profiter des points de vue, en toute tranquillité.

Et ça fonctionne bien les premières heures ! On profite des sentiers dans la jungle et des points de vue sur l’océan à couper le souffle …

Le parc est super bien entretenu, presque un peu trop à mon goût. Il y a même une cafétéria en plein milieu. La matinée bien entamée, les sentiers sont de plus en plus fréquentés. Et malgré le monde, c’est sûrement le parc naturel qui regorge le plus d’animaux !

De gauche à droite : Un croco pénard au soleil, un perroquet Ara, un crabe sur la défensive face à l’objectif de Rom, une iguane qui recharge ses batteries, un singe cappuccino qui se réveille de la sieste, un bernard l’hermite un peu perdu sur ce gros tronc.

Les singes cappuccino semblent habitués aux touristes et font même des pirouettes devant nous ! Je comprends mieux pourquoi en apercevant une touriste les nourrir malgré les dizaines de panneaux l’interdisant formellement. Bref… La diversité d’animaux que l’on rencontre est juste incroyable. Mais je dois avouer que la forte fréquentation me gâche un petit peu le plaisir de les observer. Le super bonus du parc Manuel Antonio est qu’il possède une réserve marine de 55 000 hectares et une très belle plage, sur laquelle nous terminons de prendre nos derniers coups de soleil.


L’heure de s’envoler pour l’Europe est arrivée. J’ai comme l’impression de couper le voyage en plein milieu et je n’ai pas envie de rentrer. Deux mois n’auront pas suffit à régler tous mes conflits internes. Peut-être devrais-je écrire ma conclusion d’ici quelques mois. Je ressens que ce voyage est venu me toucher loin et que je ne suis pas encore en mesure de prendre de la hauteur. En tout cas, je conscientise encore un peu plus mon impact sur l’environnement. Je le comprends, je le mesure et je suis surtout prête à le modifier. Encore une fois, le voyage et les rencontres me font grandir. A présent, il me faut atterrir tout en douceur et graver dans ma mémoire la beauté des plages des Caraïbes, la magie de la Cloud Forest, la joie pure de Papi, l’espoir d’Eddy et l’immensité des couchers de soleil sur le Pacifique.

Costa Rica II. Pura naturaleza.

Nous quittons Tortuguero à 5 heures du matin pour traverser le pays vers l’Ouest et nous rendre à Sardinal, un bled de campagne paumé à 45km de la côte Pacifique. Nous allons passer 3 semaines de volontariat sur un éco-projet créé par Eddy. Nous n’avons pas beaucoup d’éléments sur le projet, on a juste pris contact avec Eddy sur Internet. Il nous a demandé d’aller chez ses parents à Sardinal pour faire les courses et organiser le trajet jusqu’à la propriété en taxi 4×4. On déboule dans le pub du village en demandant Don Miguel Cruz… Tout le monde semble connaître le papa d’Eddy et nous indique sa maison. Miguel (que j’appelle rapidement Papi) âgé de 74 ans était le maréchal ferrand des alentours, il est connu comme le loup blanc. La famille nous accueille les bras ouverts et nous offre à boire avant d’appeler le taxi 4×4.
Après 40 minutes de piste rocailleuse remontant dans les hauteurs, nous y voilà !

Nous sommes au sommet d’une colline, avec une vue à 360 degrés. D’un côté l’océan Pacifique, de l’autre des vallons aux millions de verts avec de la forêt et des pâturages. C’est à couper le souffle.

« Pura vida ! » Eddy nous serre dans ses bras pour nous accueillir. Il est trop content et nous remercie d’être là. Le vent souffle hyper fort, avec de violentes bourrasques et je manque de m’envoler, mais Eddy continue de nous parler comme si de rien n’était !

« Voilà ce que je propose, en réponse au challenge environnemental. »

Eddy a 34 ans et il est prof de techno à Heredia, une ville à 2 heures de Sardinal près de la capitale. Il a passé 12 ans à voyager en Inde, en Amérique Centrale et Latine. Du coup, il maîtrise l’anglais à la perfection, ce qui nous permet d’avoir des échanges fluides et passionnés. Il nous introduit le projet de façon très touchante. Il se sent proche de la nature et très concerné par la conservation de la biodiversité. Depuis quelques années, il s’inquiète pour elle. Avec l’aide de sa soeur et de ses parents, il achète cette parcelle de terrain de 6 hectares. Comme beaucoup d’autres, elle a été déboisée pour l’élevage ; mais autrefois, c’était une forêt vierge.

Dès le premier soir, on en prend plein la vue. Eddy nous sert 3 rhums de bienvenue. Il sait déjà comment nous parler.

Son rêve est de recréer le biotope originel apprécié des toucans, colibris, renards, raton laveurs, papillons et bien d’autres. Depuis 3 ans, il plante des arbres endémiques (aujourd’hui près de 100 arbres plantés) et construit petit à petit un espace de vie. Car Eddy voit plus loin que la forêt, il veut créer un lieu de partage et de transmission permettant d’accueillir des écoles et pourquoi pas des touristes. Lui-même chercheur dans le domaine des technologies, il aimerait créer un laboratoire et dédier un espace ouvert pour mener des recherches. Pour mettre du sens dans sa vision, Eddy s’inspire de la permaculture. S’appuyant sur 3 principes éthiques (prendre soin de l’homme, prendre soin de la terre et partager équitablement les ressources), la permaculture lui permet de réaliser son rêve en tenant compte de tout l’écosystème. Bon, ça c’est le rêve ultime, y’a un petit peu de boulot pour le réaliser. Eddy n’étant disponible que le week-end, il ouvre son projet à des volontaires du monde entier. Pour être acceptés, il est préférable d’avoir des notions en permaculture et de ne pas chercher le luxe. Jackpot, on coche les 2.

Planter une forêt, ne ce fait pas en un jour, le projet d’Eddy se fera sur le long terme. Pour avancer, il applique la méthode des petits pas. La première chose qu’il a fait avec son ami charpentier est de construire une cabane.

Ils ont creusé la terre pour faire une terrasse, abritée par une plateforme en bois sur laquelle ils ont construit la cabane. Toute simple avec une grande partie vitrée, juste ce qu’il faut pour dormir et observer les étoiles.
L’espace en-dessous est multifonctions : atelier, cuisine, salon, salle de bain !

Eddy n’est pas tout seul sur le projet, d’autres villageois lui filent un coup de main pour certains chantiers. Il y a aussi tous les bénévoles qui apportent leurs petites touches et améliorent les installations. Et surtout, il y a Papi. Il vient 2 ou 3 fois par semaine à la cabane et il est très investi dans l’avancée des chantiers.

Sans Papi, l’expérience n’aurait pas été la même. D’une générosité incroyable, Papi nous a montré tout ce qu’il fallait connaître autour de la cabane. D’une forme olympique, il monte aux arbres et manie la machette comme personne. Oui, j’avoue j’ai eu un crush pour Papi et je crois bien que c’est réciproque.

Faire beaucoup avec si peu

J’ai tout de suite compris que ces 3 semaines allaient être carrément géniales. Une réelle opportunité de vivre une vie simple et consciente, au plus près de la nature, dans un cadre idyllique. La propriété est très isolée, le voisin le plus proche est à 2km et le village de Sardinal est à 1h45 de marche. Il n’y a ni eau courante, ni électricité, ni gaz.

Eddy cite souvent les principes de permaculture : « Ici, on n’utilise toutes les ressources renouvelables que l’on trouve autour de nous pour vivre simplement. »

Pour avoir de l’eau potable, nous marchons 1km pour atteindre une source naturelle qu’un voisin d’Eddy nous laisse utiliser. A chaque « mission eau », on embarque autant de bidons d’eau que possible. Bien sûr, ça descend à l’aller et ça monte au retour, sinon ce n’est pas drôle !
Pour se doucher, on a deux choix : soit on utilise de l’eau potable que l’on verse dans la citerne, soit on va se baigner dans une superbe rivière. Les deux ont des avantages et des inconvénients. Utiliser l’eau potable nécessite forcément plus d’aller-retour à la source… Et la rivière se trouve à 3km en dessous de chez nous, ce qui veut dire qu’il faut les grimper à nouveau après la douche pour revenir !

L’avantage de la citerne est que l’eau est bien chaude ! Même si on n’a jamais eu froid…

Il nous faut aussi de l’eau pour laver la vaisselle, nos vêtements, etc… Bon, pour être transparent, on a très vite baissé nos niveaux d’exigences en terme de propreté ! En ce qui concerne la vaisselle, elle est de toute façon automatiquement remplie de poussière à cause des bourrasques de vent incessantes. Donc pas besoin de dépenser trop d’eau et d’énergie à essayer de la nettoyer. Et c’est un peu pareil avec les fringues, j’ai mes « vêtements de dehors » aux parfums de transpiration et poussière et mes « vêtements de nuit » qui sentent vaguement la dernière lessive.

La cabane dispose d’un panneau solaire de 10w qui alimente des LED disposées dans l’espace de vie et qui peut aussi permettre de recharger en USB. Puis, tout autour de la cabane, Eddy a installé des LED avec détecteur de mouvement qui se rechargent au soleil. Dès les premiers jours, on s’est mis au rythme de la nature : levés à partir de 6h15 et couchés à 20h ! Du coup, on utilise très peu les lampes, simplement 1 ou 2 heures le soir pour manger.

Pour cuisiner, on a un petit four à bois. Boire un café et faire à manger nécessite alors toute une logistique ! Heureusement, Papi nous a montré une sorte d’arbres dans les champs environnants qui brûle super bien et fait de belles braises.

Ça change pas mal de l’induction ! Mais petit à petit, on devient des pro de l’allumage et de la cuisson.

Les cordons bleus de l’extrême

Vous nous connaissez, nous sommes complètement obsédés par la cuisine. Et bien, nous avons réussi à nous péter le bide matin, midi et soir. Eddy nous avait prévenu que toute la nourriture était à notre charge et qu’il nous garantissait juste le nécessaire (café, huile, sel). Nous avions donc prévu de quoi cuisiner pour plusieurs jours, en privilégiant des aliments secs qui se gardent facilement avec la chaleur. Sans frigo, on est soulagé d’être végétariens ! Les premiers jours, on reste classique, on se contente de pâtes et de salades. Petit à petit, on gagne en confiance avec la cuisson au feu de bois et s’adapte aux saveurs locales pour finalement libérer notre créativité frugale. Purée de yuca (manioc) au curry, lentilles à la marocaine revisitées (avec du chamole et de la banane plantain), purée de bananes-cannelle et bien d’autres…

Tous les matins, on fait notre pain qu’on rend spécial à chaque fois.

Un jour, on le garnit avec le fromage du coin pour faire des empanadas, un autre on y glisse des amandes effilées et des bananes. On choisit la farine de maïs pour faire des tortillas, de fines galettes consommées quotidiennement en Amérique Centrale (différentes des tortillas espagnoles qui sont plutôt des omelettes aux pommes de terre). Avec des bananes, des oeufs et de la cannelle pour faire des pancakes délicieux.

Ce matin là, Rom a très très faim.

On savoure un café traditionnel tous les matins avec leur super machine à café high tech. Une chaussette pour filtrer, des fils de fer et un bout de bois pour le support et en avant ! Bon, sans machine à laver, le filtre tourne vite au marron mais le café reste délicieux.

Quand Papi nous rend visite, il nous ramène toujours un maxi p’tit dej : riz, haricots rouges, omelette, tortillas. Pour nous, c’est comme le matin de Noël !
Avec cette vue, tout est meilleur !

Et le top du top, c’est notre cocktail du soir pour accompagner le coucher du soleil : rhum Flor de Caña (du Nicaragua), bâtonnet de sucre de canne (du jardin de papy) et jus de citron sucré (un citron vert à la pulpe orange du jardin). Bon là, autant vous dire que c’est le paradis.

Nos pierres à l’édifice

Selon les périodes de l’année, le travail à faire n’est pas le même. Nous sommes en plein été, ce n’est donc pas le moment de planter mais plutôt d’avancer les tâches annexes. Eddy nous propose quelques pistes en exprimant les besoins du projet mais nous laisse carte blanche sur notre organisation. Il est toujours ouvert à nos propositions et c’est vraiment chouette de pouvoir être force de propositions.

On consacre pas mal de temps à l’amélioration de l’espace de vie qui manque cruellement de confort et de fonctionnalités. Fabrication d’étagères pour la cuisine et le coin feu, création d’un atelier et d’un espace de rangement, …

Avec du bois récupéré, on se design une petite table de salon. Avec un beau vernis, le coucher du soleil se reflète même dessus !

Un des points importants pour Eddy est de fournir un lieu confortable pour accueillir des bénévoles et des chercheurs sur du long terme. Notre plus gros chantier est donc de terminer l’espace douche pour plus de fonctionnalité et d’intimité. A notre arrivée, il y a juste des fondations en béton. Rom déplace et sécurise une citerne au dessus de la douche pour pouvoir la connecter une pomme de douche. Ensuite, on s’attaque à tout le revêtement. On a la chance d’avoir une bambouseraie à 800 mètres de la cabane, le bambou sera donc notre matériau principal !

Une fois toutes les mesures prises, on attrape les scies et la machette pour un atelier fendage/découpage/remontage de bambous. Une quinzaine d’aller-retour ont été nécessaire, parfait pour les cuisses !

On imagine aussi un passage et une rambarde pour accéder à la douche qui servira aussi de tuteurs pour les arbres fruitiers et les courges qui poussent juste en dessous.

Il existe au Costa Rica une espèce d’abeille inoffensive qui produit un miel médicinal délicieux. Papi avait repéré une ruche dans un tronc tout près de la source. Un week-end, nous partons équipés d’une tronçonneuse et d’une boîte en bois. Papi coupe le tronc en deux et fait apparaître une maxi ruche à l’intérieur. On se permet de plonger nos doigts dans le pollen et le miel frais… C’est trop bon ! L’idée est de déplacer tout le travail des abeilles dans leur nouvelle maison pour les ramener à la cabane. L’année prochaine, ils pourront récolter un peu de leur miel.

Apparemment, le voyage s’est bien passé, les abeilles continuent leur vie !

Mymy VS Wild

J’ai rarement été autant connecté à la nature. Tout tourne autour des 4 éléments : aller chercher de l’eau, faire du feu, planter, cueillir dans la terre et… se protéger du vent. Les conditions climatiques sont assez extrêmes et suivent deux saisons. Une période de fortes pluies et une période chaude et sèche, dans laquelle nous sommes en plein ! Le bonus des mois de Janvier et Février, c’est le vent ultra violent. Il rend fou et on ne s’y habitue pas. Il peut souffler nuit et jour pendant 3 jours jusqu’à sérieusement faire trembler la cabane. Et quand il se calme, c’est la chaleur torride qui se fait ressentir. Tous les jours, c’est ciel bleu et grand soleil. Les températures grimpent facilement jusqu’à 35°C et ne descendent pas en dessous de 20°C la nuit. La grande vitre de la cabane fait l’effet d’une serre, il est donc impossible d’y rester la journée. Du coup, on est tout le temps dehors ! Il nous suffit de quelques jours d’adaptation, pour se mettre en mode survie et se prendre pour de vrais aventuriers.

Règle n°1 : Ne jamais quitter sa machette

La machette, c’est la meilleure amie du Tico, ils en ont tous une en bandoulière. Pour se frayer un chemin, tuer un serpent, peler une orange, se gratter la nuque, c’est un peu leur couteau-suisse. Alors nous aussi on l’adopte.

Règle n°2 : Toujours vérifier les chaussures, les draps, les vêtements avant chaque utilisation.

En effet, on peut faire quelques rencontres mortelles ou à minima douloureuses. On trouve ce petit scorpion (mort) dans l’espace dédié aux outils et le serpent (mort aussi) sur le chemin à quelques kilomètres de la cabane. Quand on recherche sur internet, on hésite entre 2 serpents. Le serpent corail qui est l’un des plus venimeux au monde et le milk snake qui est inoffensif. Ce sont quasi les mêmes, seul l’ordre des couleurs de leurs anneaux les différencient comme l’illustre bien cet adage : « Red touches yellow, you’re dead fellow. Red touches black, you’re okay jack. » Je vous laisse vérifier sur lequel nous sommes tombés…

Quand Eddy nous a listé tous les animaux qu’on pouvait rencontrer autour de la cabane, j’ai un peu paniqué : tarantules, serpents, renards, scorpions, … Ma solution a été de ne pas les chercher du tout. Je pense d’ailleurs avoir battu mon record de vitesse de pipi nocturnes avec une moyenne de 4 secondes. Et ça à bien fonctionné car nous avons tous joyeusement cohabité.

Quel jour sommes-nous ? Aujourd’hui !

Au fil des jours, le temps se distord et fini par ne plus exister. Se nourrir, se laver, travailler, tout prend beaucoup plus de temps et ce n’est pas grave. On marche beaucoup pour aller à la source, aux bambous ou à la rivière. Nos chantiers à la cabane nous aspirent complètement. Et lorsqu’on décide de cuisiner, c’est aussi toute une aventure…

Aux heures les plus chaudes, on préfère se tenir à l’ombre et chiller. Romain passe des heures à travailler du bois et moi, j’écris. J’ai l’impression d’habiter là depuis des années.

On ne voit quasiment personne de la journée. On peut entendre un bruit de sabots trottiner dans le chemin caillouteux. Le plus souvent, c’est un fermier du coin qui passe et qui vient nous demander ce qu’on fait là ! Ça les fait marrer quand on leur dit qu’on dort dans la cabane.

Au passage, les chevaux du Costa rica sont justes magnifiques, aux allures dansantes et aux robes dorées.

Il ne m’a pas fallu longtemps pour m’adapter et me sentir comme un poisson dans l’eau à la cabane. Je me sens à ma place. Chaque action de mon quotidien est utile, soit elle me permet de subvenir à mes besoins, soit elle apporte au projet. La rencontre avec Eddy et Papi est clairement déterminante dans mon voyage. Je suis touchée et inspirée par leurs valeurs et surtout par la façon dont ils les incarnent ; en toute authenticité et générosité.


Wow. Quelle aventure. Je ne repars pas tout à fait la même. Certes, je suis désormais la reine du bambou et des pipis express mais pas que. Ces 3 intenses semaines me laissent percevoir que je peux vivre différemment, plus lentement, avec beaucoup moins.
Ce matin, nous devons partir et j’ai l’impression de quitter ma maison. Je n’ai aucune hâte à retrouver un vrai matelas ou un lavabo. Je ne pense qu’aux couchers de soleil et aux ciels étoilés que je ne verrai plus. La vie à la cabane me manque déjà…

Heureusement, mon enthousiasme naturel reprend vite le dessus. Je me dis que si Eddy est en train de réaliser son rêve le plus cher, alors je le peux aussi. En redescendant une dernière fois la piste rocailleuse jusqu’à Sardinal, j’imagine déjà comment je vais construire ma propre cabane…

Costa Rica I. Don’t worry, be ecolo.

Je suis surexcitée à l’idée d’aller au Costa Rica. Je fantasme depuis un moment sur ce pays que j’imagine respectueux de la nature et engagé sur les questions environementales. J’avais notamment lu qu’il y a une réelle considération et valorisation de la biodiversité de la part du gouvernement et du peuple. 26% du territoire est classé zone protégée ; la chasse et les zoo sont d’ailleurs interdits. J’avais aussi été très intriguée en lisant que le pays n’avait pas d’armée.
C’est rarement le cas, mais cette fois-ci, j’ai un tantinet d’attentes…

Notre première partie du voyage se passe sur la côte Caraïbe. Après un passage express à la douane, on traverse le pont provenant du Panama et on saute dans un bus local en direction de Cahuita. En remontant la côte, je vois défiler les mêmes jungles luxuriantes et des petits bouts de la mer turquoise que j’ai pu trouver au Nord du Panama. Je fronce un peu les sourcils en remarquant pas mal de détritus sur la route et des poubelles éventrées dans les fossés.

Pura vida sur fond de Bob Marley

Nous voilà à Cahuita, un petit village au bord de la mer. Après la journée de transport, on enfile nos maillots pour aller faire un plouf. Il fait une température idéale malgré un ciel noir très menaçant. On débarque sur une longue plage au sable doux et aussi noir que le ciel. Sur la côte Caraïbe, les courants sont très dangereux et les vagues peuvent être costauds. La plupart du temps, la baignade est interdite et je n’ai vu aucune zone de surveillance. Mais ce jour-là, les rouleaux sont juste mignons comme il faut pour s’amuser sans danger.

Au moment où je plonge dans les vagues sombres, il se met à pleuvoir des cordes ! C’est vraiment une sensation hyper cool.

En bonus de cette baignade hors du commun, je rencontre mon premier paresseux, accroché à sa branche de palmiers en sortant de la plage. Pour finir la journée, on se pose à un bar reggae les pieds dans l’eau pour bader la vie locale. On baigne dans une ambiance vert jaune rouge très relax. Les peaux sont plus noires, tout le monde se déplace en vélo, dreadlocks au vent et pétard au bec. Ça m’plait ! Le bar dispose de 4 poubelles de tri et je vais vite me rendre compte que tous les espaces publics en disposent. Certains en ont même 6 : ordinaire, plastique, aluminium, verre, compost, papier/carton.

En allant au parc national de Cahuita, on tombe sur notre première grenouille verte et noire, ça faisait un moment qu’on en cherchait. Il en existe des dizaines d’espèces plus colorées les unes que les autres mais elles sont toutes petites, donc pas facile à repérer.

La randonnée du parc est vraiment chouette, avec une alternance de jungle et de plage. On a la chance d’y observer des paresseux tout près du chemin. Les singes cappuccino sont les moins farouches et les plus coquins. Ils s’approchent tout près des humains pour piquer à manger !

On continue l’aventure à Puerto Viejo à 20 minutes de bus au sud de Cahuita. Une petite ville un poil plus bobo et touristique, tout en gardant la même ambiance rastafaraï. De fait, les rues sont plus vivantes mais un peu moins propres. On enfourche nos vélos de loc’ pour explorer les environs, en longeant la côte vers le sud. Bordée de forêt mais jamais trop loin de la plage, la route est magnifique. Seul bémol, je continue de voir des sacs poubelles le long de la route. On dirait que les éboueurs ne sont pas passés depuis 2 mois…
On transpire bien et les singes hurleurs ne manquent pas de nous encourager dans les côtes. Mais le soleil torride nous arrête pique-niquer près de la superbe plage Cocles à l’ombre des cocotiers.

On reprend la route vers le sud, jusqu’au parc national Manzanillo. Il s’étend le long d’une belle plage avec plusieurs chemins qui s’enfoncent dans la jungle.

Moment gourmand et conscient

Sur le chemin retour vers Puerto Viejo, on se permet un petit écart dans le budget et on visite une ferme de cacao. La plante de cacao pousse super bien au Panama et au Costa Rica. J’avais d’ailleurs déjà craqué pour une excellente tablette 80% à Boquete. Mais cette fois-ci, j’étais curieuse d’en apprendre plus sur le processus de fabrication. Et franchement, on s’est ré-ga-lé !
David, le fils du proprio, nous raconte le cacao de la plante jusqu’au chocolat chaud en passant par toutes les étapes. L’exploitation est à taille humaine, la récolte (environ 400kg par an) est essentiellement destinée à leur boutique en bas de la plantation (de moins de 4 hectares). Aucun produit n’est exporté et tout est fait de façon artisanale. David nous parle de permaculture, du respect de la plante et de la terre. Il a une vision holistique de la plantation et prend en compte tout l’écosystème. Il y a donc plein d’autres arbres et fleurs au milieu du cacao.

Il nous fait goûter des pommes d’eau, une espèce de pomme allongée au goût tout doux.

Sur tout le continent Américain, une bactérie attaque les fruits du cacao, il est impossible de s’en débarrasser sans pesticides. Chez David, on coupe les fruits malades à la main pour éviter que la maladie emporte la plante.

Le fruit du cacao est ce gros truc vert sur la première photo. Lorsqu’il est mûr, on l’ouvre en deux pour retirer une pulpe blanche au gout sucré qui me rappelle le fruit de la passion. A l’intérieur de cette pulpe, on retire des grains que l’on fait fermenter plusieurs jours pour enlever l’amertume. Puis, on fait sécher les grains au soleil pendant environ 2 semaines. A ce stade, on peut déjà goûter les grains 100% cacao séchés au soleil, c’est une tuerie ! Une fois sec, on les cuit au feu de bois dans une marmite sans cesser de remuer, pendant environ 1 heure. Je vous laisse imaginer les odeurs ! Le goût évolue vers des saveurs plus torrefiées. Il faut maintenant broyer les grains avec une grosse pierre pour séparer les grains de leur fine pellicule. La dernière étape consiste à faire tomber les grains devant un petit ventilateur pour que la pellicule s’envole ! Notre cacao est prêt à être transformé en pâte grâce à un broyeur manuel. Après ça, toutes les folies sont possibles. Ajoutez un soupçon de sucre roux, chauffé à basse température, pour un chocolat chaud 100% cacao à se taper le cul par terre !

David a un discourt très engagé et porte un impoŕtant message. Celui d’apporter de la conscience lorsqu’on se goinfre de chocolat sans modération ou tout simplement quand on en achète. Il nous explique que la très grande majorité du chocolat que l’on consomme en Europe vient de la Côte d’Ivoire. Et qu’en plus du désastre environnemental que l’exportation représente, les conditions de travail dans les plantations sont dures et les salaires bas. Après l’avion, deuxième coup de massue, manger du chocolat, ça craint ! Je réfléchirai à tout ça en dégustant un petit carré…

Après 25 bornes à vélo, on s’autorise un rhum les pieds dans le sable. Absorbée par le concert de reggae, je repense à ma journée en me demandant : « Pourais-je me nourrir (et me régaler) essentiellement avec ce que je suis capable de faire pousser autour de chez moi ? »

Les poumons du Costa Rica

En route pour le parc national de Tortuguero, surnommé little Amazon, qui s’étend sur une presqu’île toute en longueur. Depuis Puerto Viejo, c’est un long trajet pendant lequel nous rencontrons Alejandro, un italien embauché en tant que biologiste par une association travaillant dans le parc. La dernière portion du trajet est le pompom sur la Garonne. 45 minutes de pirogue sillonnant une rivière tantôt boueuse tantôt noire à travers la mangrove. Toujours sur un fond extrêmement vert et sauvage, on se croirait sur le tournage d’Indiana Jones. Au moment où on rase les rives, je sursaute : un bébé croco ! Puis deux bébés croco ! Vraiment bébé, mais croco quand même !
Pendant le trajet, Alexandro nous raconte comment ils comptabilisent les oeufs pondus par les tortues vertes sur la plage de Juin à Octobre. Il se place dans le dos de la tortue de façon à ce qu’elle ne le remarque pas et dispose ses mains juste en dessous de sa carapace pour sentir lorsque un oeuf tombe. Elles peuvent pondre plus de 150 oeufs à raison d’un oeuf toutes les deux secondes. Il a les yeux qui brillent quand il nous décrit la sensation de sentir la tortue respirer tout ce temps.
Les tortues marines viennent chaque saison déposer leurs oeufs sur la plage du parc national qui s’étend sur 33km. C’est une période très intense pour l’asso d’Alexandro qui cherche à protéger les tortues des voleurs d’oeufs et à sensibiliser les touristes. Le simple fait de passer devant une tortue lui génère un stress et elle préférera faire demi-tour pour se sauver, sans pondre ses oeufs… Pendant ces quelques jours à Tortueguero, on se régale à marcher des heures sur la plages où on trouve pleins de coquilles d’oeufs vides.

Au petit matin, on part dans les méandres des mangroves à bord d’un canoë électrique conduit par Juan, un pur souche de la presqu’île. Avec nous, 8 autres touristes… français ! Oui, car il faut préciser que nous avons croisé une tripotée de français, allez savoir pourquoi !

Le canoë électrique nous permet de nous déplacer en silence dans les canaux perpendiculaires à la grande rivière Tortuguero. On y trouve des caïmans (petit avec une machoire allongée) et des crocodiles (plus gros avec la machoire courte et triangulaire).

Juan connait par coeur la rivière Tortuguero et où s’y cache la vie. Son animal préféré du coin est le lézard Jésus Christ, capable de courir sur l’eau sur près de 20 mètres ultra rapidement. On a pu en voir tout près, au bord du rivage. On observe aussi un couple d’iguanes se dorer la pillule, plusieurs sortes de hérons, des singes et des perroquets verts. On enchaîne avec une randonnée dans le parc national. A l’entrée, on nous briefe : marcher 1,5 km de sentier puis faire demi-tour au panneau « Fin ». La balade est chouette mais un peu courte. On prend le gauche et on dépasse le panneau de fin pour s’enfoncer un peu plus dans la jungle. Peu de temps après, des bruits de feuillage nous surprennent sur la droite. Juste là, à une trentaine de mètres, un chevreuil à la queue blanche en train de brouter. C’est une espèce endémique du Costa Rica, pas évidente à rencontrer. On est comme des gosses ! Gonflés à bloc, on continue de braver l’interdit.

Aïtolé le serpent ! Là, je fais un bon de 2 mètres et j’appelle Maman ! Romain, lui, sort tranquillement le trépied pour le poser à côté de la bête…

Très fiers de nos trouvailles, on rentre près de la plage. Le village de Tortuguero étant minuscule on retombe sur Juan, notre guide de la matinée, et on lui montre la photo. « Un oropel ! Muy peligroso ! »
On s’empresse de Googler Oropel et on découvre en effet que c’est un serpent mortel qui adore se nicher dans les feuilles de palmiers !

Rencontre sur le sable

Au coucher du soleil, on se pose sur la plage pour admirer le ballet des oiseaux venant se régaler dans les bancs de sardines. Deux Ticos, habitants du Costa Rica, s’installent avec nous. Ils sont tous les deux nés au Nicaragua mais ont grandi à Tortuguero. Ils nous expliquent que c’est le cas de beaucoup dans cette région (on est tout près de la frontière) et même dans tout le pays. Le Nicaragua est un pays pauvre et le Costa Rica représente un véritable El Dorado. La relation entre les deux peuples peut être délicate. Les Nicaraguayens (oui, c’est bizarre mais on les appelle comme ça) acceptent du travail pour pas grand chose et pour gagner plus, certains se font embaucher par les narcos pour faire du sale boulot…
Nos deux nouveaux copains sont très fiers d’avoir grandi à Tortuguero. Pour eux, c’est le plus bel endroit au monde. Il y a la mer, les oiseaux, la forêt, les jaguars, les tortues, pas de voitures, tous les ingrédients d’une vie simple et en accord avec la nature. Un des deux me fait sourire quand, un brin philosophe, il m’explique que le bonheur c’est dans la tête et qu’il sufffit de regarder la beauté autour de soi. Âgés de 25 et 26 ans, ils font partis d’une nouvelle génération qui va à l’encontre des traditions de la presqu’île. Il dénonce le fait que les jeunes filles ont leur première grossesse à 15 ans en moyenne. A leur âge, ils sont censés être mariés et papa depuis belle lurette mais ils préfèrent prendre le temps.

J’en profite pour leur faire part de mon étonnement : « Hay mucho mucho plastico en la calle y en la playa ! Como es posible ?! No comprendo ! Muchas basuras para triar pero mucho plastico en la naturaleza ! No comprendo ! » On ne se moque pas de mon espagnol…

lls m’expliquent que la Côte Caraïbes du Costa Rica formant un golfe avec de forts courants, elle récupère beaucoup de plastiques venant d’autres pays. Les habitants et les associations locales font leur maximum pour nettoyer les plages très régulièrement. Pour le reste, ils m’expliquent que la propreté du pays va de mieux en mieux et que ce qui compte c’est que le gouvernement continue la transition écologique profonde entamée y’a déjà près de 20 ans.


Ça m’a fait du bien de discuter avec eux de ce sujet. J’étais un poil déçue de voir toutes ces poubelles de tri et ces slogans écolos pour finalement decouvrir un arrière pays plutôt sale. Je me rends compte avoir jugée avec ma vision française de l’écologie : des campagnes bien propres et des SUV en centre ville et un bon gros parc nucléaire ! Le Costa Rica est le pays le plus avancé pour atteindre la neutralité carbone en 2021, il serait le premier de la planète. Quasi 100% de l’électricité consommée provient des énergies vertes. Je me rends compte à quel point le spectre de l’écologie est large et combien chaque pays avance à des rythmes différents, en fonction d’où il part. En tout cas, le Costa Rica ne négocie pas avec le réchauffement climatique et illustre le parfait exemple d’une transition écologique.

Cette première partie de l’aventure costaricaine m’a déjà bien secouée et inspirée. Et je suis loin d’imaginer ce que me réserve la suite

Panama. Au lendemain d’une prise de conscience.

Voyager, n’est plus une chose aussi naturelle qu’elle ne l’était lorsque que je rédigeais mes derniers carnets de voyage. En 2019, une sacré prise de conscience est née en moi suite aux catastrophes naturelles, aux marches pour le climat et toutes les discussions que j’ai pu avoir au sujet de l’impact qu’ont les humains sur notre planète. Dans ma tête, la conclusion est irrévocable : prendre l’avion, ça craint.
Un beau conflit interne apparaît alors à l’intérieur de moi. Le voyage lointain, l’expérience humaine que je trouve la plus renversante et fondamentale, cet appel viscéral que j’ai à explorer le monde vient à l’encontre d’une de mes valeurs : le respect de la nature. Du coup, pour réfléchir à comment gérer tout ça, je quitte l’année 2019 dans l’avion pour démarrer 2020 au Panama ! Et pour la première fois, j’ai honte de dire que je pars en voyage aussi loin… Quel étrange sentiment !

Coeur d’artichaut

Pourtant dès notre arrivée à Panama City le 31 Décembre au soir, la magie du voyage opère. On se perd dans la capitale, complètement déphasés de notre périple, pour atterrir dans un quartier populaire. Du reggaeton à fond sur des speakers de mauvaise qualité posés sur les trottoirs, des barbecues improvisés au coin des rues, des cafards géants, tout le monde très court vêtu rigolant en espagnol. Intense. On se rapatrie vers le vieux quartier de la ville plus touristique, Casco Viejo. Plus charmant certes, mais carrément moins excitant à mon goût ! Je ne suis pas du tout fan des villes et encore moins des capitales mais je dois dire que j’ai apprécié Panama City. La majorité de la ville est clean et moderne avec des espaces verts et sportifs super bien entretenus.

Tout près de Panama City, on fait notre première sortie au parc national Soberania. On s’enfonce dans une jungle luxuriante, avec de grands arbres aux tonalités de verts infinies. On avance comme des gosses à l’affût des moindres bruits et mouvements. On sent qu’il y a de la vie tout autour. Et petit à petit, elle s’aventure près de nous : des petits singes qui rugissant comme des lions, des mammifères chelou qui reniflent par terre, un serpent noir plutôt mastoc, des gros rongeurs et un énorme papillon bleu qui nous suit toute la balade.
C’est bon, je tombe amoureuse du Panama.

Le mammifère chelou trouvé sur le sentier, pas du tout farouche ! A sa droite, on peut voir une colonie de fourmi coupe-feuille, elles peuvent déplumer un arbre en une nuit.
Au menu du pique nique, un vrai avocat géant ! Bio ou pas bio ? Impossible à dire. La traçabilité des aliments est très light et la provenance des fruits et légumes inexistantes.

Tourisme 1 – Planète 0

Direction la côte Caraïbes et l’archipel des San Blas pour 3 jours de bronzette-plouf-bronzette-plouf… On a réservé un logement un peu au hasard via Airbnb sur l’île Franklin, l’un des 355 petits paradis de l’archipel. Nous devons d’abord rejoindre le port par une route accessible seulement en 4×4, sacrément cabossée. Tout le long du trajet, on ballote de gauche à droite entre 4 Allemands (adorables heureusement). Puis, on prend un bateau qui navigue d’abord dans la mangrove pour rejoindre l’eau turquoise. Devant nous, des dizaines de mini oasis jonchées de cocotiers apparaissent. Après 40 minutes, on amarre sur notre petit paradis. C’est THE paysage de carte postale. Du sable blanc, une eau translucide, des cocotiers géants : j’hallucine du décor !

Notre île est minuscule, on doit être une cinquantaine de touristes et on y fait le tour en… 6 minutes top chrono !

Essentiellement des touristes descendent du bateau et on nous dirige sous une cabane pour le briefing. Deux principales recommandations : ne pas rester sous les cocotiers (car une noix de coco peut facilement nous tuer !) et ne pas toucher les étoiles de mer. Il y a quelques années, on en trouvait partout. Puis la folie des selfies est arrivé et tout le monde voulait sa photo câlinant une étoile de mer. Sauf que toucher une étoile de mer avec des mains remplies de crème solaire en la sortant de l’eau n’est pas la meilleure idée. J’en ai longtemps cherché, j’en ai pas trouvé une seule autour de l’île…

Il faut avouer que c’est très romantique !

Le son du gros coquillage annonce le repas et on retrouve nos covoitureurs Allemands et une maman et sa fille de Toulouse rencontrées plus tôt dans le bateau. A table, nous sommes que des blancs et ce sont des indiens en habits traditionnels qui nous amènent les plats. Ils sont ultra polis et gentils, pourtant, je suppose que derrière leur sourrire automatique, ils ne sont pas à la fête. Je ne m’attendais pas à ce que l’endroit soit 100% touristique et je me sens pas vraiment à ma place. Deuxième petite surprise, on a eu du poulet à quasi tous les repas ! En tant que végétarienne c’est déjà compliqué et encore moins compréhensible étant au milieu de la mer.

Si on le souhaite, on peut consommer des bières et soda en canette et de l’eau en bouteille. Et apparemment, nous n’avons pas tous les mêmes réflexes écologiques. Tous les matins, avant que le jour se lève, les indiens viennent nettoyer au rateau l’île et rassemble les détritus laissés dans la nuit par les touristes. Ils forment des tas qu’ils brûlent ou laissent aux mouettes. Ça fait bizarre de se rendre compte de l’impact du tourisme en direct live. Idéalement, j’aurai imaginé qu’on nous demande de ramener nos déchets produits sur l’île jusqu’au continent. Idéalement, j’aurai aimé qu’on est pas besoin de nous briefer et que chacun.e des touristes venant sur cette île ne laisse aucune trace.

Nos nouvelles copines de Toulouse se lient d’amitié avec Diego, un employé de l’île. Son job principal est de faire les aller-retour en bateau pour amener les touristes. Au détour d’une conversation, elles apprennent qu’il fait des horaires presque illimitées (on a pu le voir pendant les 3 jours) avec peu de jours de repos et qu’il gagne 80$ par mois. Ça fait un peu sourrire quand on s’imagine les bénéfices des entreprises qui viennent s’installer au Panama pour ne pas payer d’impôt…

Pas facile donc de me persuader que ma présence sur cette île a un impact positif sur la vie des locaux, et encore moins sur l’environnement.

Au coeur d’un cratère

Après la plage, on part s’enfoncer vers l’Ouest du pays pour prendre le temps d’explorer la vallée d’Anton. Je suis trop heureuse de découvrir que le Panama est une terre de randonnées ! El Valle est une petite ville construite sur le cratère d’un volcan endormi autour duquel on peut crapahuter. Du coup, chaque jour on s’aventurait dans de nouveaux chemins, toujours sous un soleil de plomb.

C’est par là que j’ai entendu pour la première fois ce fameux vrombissement d’ailes… Un colibri ! Tout petit et vert, j’ai à peine le temps de l’observer qu’il est déjà dans un autre bosquet d’hibiscus.
Le fameux papillon tout bleu vu au Parc Soberania, cette fois-ci les ailes fermées. Voyez-vous la tête de serpent et l’oeil d’hibou pour effrayer ses prédateurs ?

Une fois sur la crête, c’est une autre histoire, le vent souffle si fort ! Du versant intérieur de la crête, on contemple de superbes points de vue sur la ville et l’autre côté du versant, d’une vaste étendue de forêt vierge. Je me sens si petite face aux éléments de la nature.

Panorama de la ville depuis la crête.

Dans les profondeurs de la cloud forest

On reprend le bus local pour s’enfoncer encore un peu plus vers le Nord-Ouest et monter en altitude pour se rendre au village de Boquete perché à 1200 mètres. Boquete attire pas mal de touristes pour la beauté de ses trails et peut se vanter d’avoir le point culminant du Panama : le volcan Baru haut de 3474 mètres (dont je ne parlerai pas car l’ascension a été annulé à cause du mauvais temps…). La météo de Boquete est imprévisible et les montagnes baignent toujours dans un énorme nuage gris, d’où la présence de cloud forest.

La cloud forest, c’est le next level de la rain forest. Des forêts comme j’en avais jamais vu, à l’ambiance particulièrement mystique, on se croirait dans un film fantastique.

Des bruits de Jurassic Parc, des oiseaux au son cristallin, des singes hurleurs, des grenouilles surexcitées, des insectes énormes qui nous frôlent. Ça grouille de partout ! Par de rares moments, le temps se suspend lors de rencontres innatendues. Comme avec un quetzals (qui pourrait s’apparenter aux oiseaux légendaires de Pokémon) aux couleurs incroyables et aux longues plumes très élégantes.

Ou bien avec un arbre âgé de plus de 1300 ans, je ne savais même pas que ça existait ! Une méditation s’impose…

Selon la météo, on avance dans la brume plus ou moins épaisse et plein de goutelettes se forment sur les feuilles et finissent par tomber comme une épaisse pluie. Notre attention est sollicitée à chaque instant, soit pour éviter lianes et branches traversant anarchiquement le passage, soit de glisser sur la boue et les racines géantes qui s’entremêlent. Chaque sentier a une ambiance différente, une odeur différente, des arbres et des plantes qui varient. Impossible de s’ennuyer.

Un sentier longe pendant quelques temps une superbe rivière.
Mais le top du top reste toutes les incroyables cascades. Celle de la rando des Lost Waterfall reste ma préférée.

La plupart du temps, on se loge grâce à Airbnb qui est très développé et parfait pour dormir chez l’habitant. A Boquete, nous avons vécu 6 jours dans une famille adorable, qui s’est occupé de nous comme si on en faisait parti.

La vie de Robinson Crusoe (de luxe)

Notre dernière étape du Panama se passe dans la mer des Caraïbes pour deux semaines de volontariat chez Sebastien, un belge installé depuis 3 ans. Il a repris un petit restaurant renommé El Clandestino, sur l’île de San Cristobal dans l’archipel de Bocas Del Toro. Cette île très sauvage, sans route, s’étend sur 37 km2. Il y a deux villages d’indiens et quelques gringos (les blancs) qui ont repris ou créer des petits paradis pour les touristes ou les autres expat’ qui sont essentiellement des retraités américains et canadiens. Le Panama utilisant les dollars, il est très pratique pour eux de venir commencer leur deuxième vie sous les cocotiers. Il y aussi une communauté de français dont fait parti Maurice, un savoyard de 74 ans qui a construit sa maison dans la jungle et qui connaît tout de la vie des paresseux.

Pour rejoindre la propriété de Sébastien le bateau est indispensable et rien que le trajet pour l’atteindre fait rêver… On longe toute la côte de l’île et on y aperçoit de superbes cabanes en bois sur pilotis. En se rapprochant, on traverse des bosquets de mangroves.

La nuit tombe dès 17h45 dans ce coin-ci de la planète. La déco très cosy du restau dégage une ambiance chaleureuse et douce.

Au bord de l’eau on trouve le restaurant et deux chambres toutes récentes. Derrière, une large partie de terrain laissée sauvage remplie de cocotiers, d’arbres fruitiers, de fleurs et de maraicages dont des centaines de crabes ont élu domicile.

Un peu plus haut, la maison des volontaires, vue sur la mer. Chaque petit déjeuner sur la terrasse est un spectacle : toucans, colibris, hérons…

Pendant ces deux semaines, on aide Sébastien sur les chantiers en cours : construction de tables pour le salon de la chambre, rénovation de l’espace restaurant, petits travaux dans la maison. Et notre mission phare est de doner une seconde vie à deux pirogues typiques utilisées par les indiens, appelées cayucos.

Du ponçage jusqu’à la peinture, on les a bichonné pour qu’ils puissent servir aux prochains touristes.

Pendant 4 jours, nous gardons le restaurant (fermé à ce moment là) pour que Sebastien puisse aller faire des courses dans une ville sur le continent. On a du mal à réaliser la chance que l’on a de profiter de cette expérience. Seuls dans ce décor de rêve, bananes, citrons et noix de coco à volonté, la mer juste là, remplie d’étoiles de mer (ainsi que d’oursins !). Le pied !

Scottish et Fillettes, les deux chiens mascottes du restau sont toujours dans les parages !

C’est à ce moment là que Rom passe pas mal de temps à pêcher. L’idée est de vivre ce que ça fait de tuer soi-même son poisson. Résultat : et bien c’est pas si facile que ça ! Surtout quand on a pas le geste adéquate pour tuer tout de suite le poisson et que du coup, il glisse, fait des bruits bizarres, du sang commence à gicler, la panique s’empare de nous, pour finalement administrer un coup fatal. Que d’émotions !

Les deux semaines sont passées en un claquement de doigts. Nous n’avons pas bouger de notre petit paradis (seulement un super tour de kayak dans la baie lors d’une après-midi) et j’ai adoré être en retrait au creux de la nature. Lorsque Sébastien nous ramène au port, je regarde nostalgiquement l’île devenir toute petite en me disant que j’aurai pu rester un mois de plus !

Ce mois au Panama n’a pas encore tout à fait solutionné mon conflit interne. Je suis tellement touchée par la bonté des Panaméens, tant émerveillée par toutes ces richesse naturelles, tant émoustillée par ces saveurs exotiques. Je ne me sens pas prête à mettre une croix sur les longs courriers… Peut-être que mes aventures costaricaines me permettront de trouver la paix intérieure. Pour réduire notre empreinte carbone, on se rend à la frontière en bus local et on la traverse… à pied !

Le voyage comme école de la vie 

Ce n’est pas un scoop, le monde du travail d’aujourd’hui et de demain sont complexes et exigeants. Notamment, l’intelligence artificielle et l’automatisation challengent les méthodes et les relations de travail. Pour ne pas louper le train vers cette 4ème révolution industrielle, les organisations, le management et les salariés devront développer des qualités et des compétences clés.

D’autre part, les nouvelles générations ré-inventent une vision du monde professionnel où l’intelligence collective et émotionnelle sont essentielles. Et j’ai la profonde conviction que le voyage nous permet de développer des aptitudes cruciales pour tirer notre épingle du jeu.

Développer notre assertivité

En voyage, on se retrouve souvent en électron libre. Loin de notre bulle familiale, amicale ou professionnelle, on apprend à penser par soi-même face à des situations nouvelles. On ne fait plus en fonction d’un cadre ou d’un code mais de ce que l’on est et de ce que l’on veut. Ainsi, on approfondi notre connaissance de soi, on prend confiance, on s’émancipe et on s’affirme. Un cercle vertueux se met alors en place : on est plus confiant, on adopte un esprit d’initiative, on développe le sens des responsabilités, on récolte des mini satisfactions personnelles qui dopent notre confiance en soi et ça recommence !

De retour dans le monde de l’entreprise, on se responsabilise et on sait dire ‘non’. Une meilleure connaissance de soi (de notre potentiel et de nos limites) nous permet de faire de notre mieux tout en restant aligné avec ce qui est important pour nous. Etre assertif, notamment en entreprise, participe donc une communication authentique entre entre collègues et à la construction de relations saines… Et il faut dire que ça manque !

Oser prendre des risques

Je l’ai souvent rappelé dans mes articles, le voyage comporte des prises de risques à tous les niveaux. Chaque seconde nous sort de notre zone de confort. On quitte les repères qui nous rassurent pour plonger dans l’inconnu. Ces sorties de notre zone de confort nous font vivre des expériences parfois difficiles mais elles nous amènent toujours à de magnifiques surprises et à de puissantes prises de conscience.

Dans le monde de l’entreprise – et d’autant plus en France – la prise de risque et l’échec se paient chers. Pourtant, c’est ce qu’un manager souhaite voir chez un candidat : une personnalité ambitieuse, qui aime le challenge et repousser ses limites. Pas évident pour un salarié d’oser oser.

Le voyage dédiabolise complètement la prise de risque. Oser n’est pas synonyme de se vautrer. En fait, on comprend que la prise de risque c’est aussi et surtout un pas en avant, une évolution, une expérience. Bref, ça n’a que du bon ! Mon message est finalement de montrer que c’est le regard que l’on porte sur une expérience vécue qui va faire d’elle un échec ou non. Et là aussi, un cercle vertueux se met en place. Premièrement, changer de regard sur l’échec nous permet de mieux accepter les coups durs, les déceptions, les galères, on se force à y trouver une leçon à retirer. Puis, dans un second temps, l’anxiété liée à la réussite et surtout à l’échec s’envole petit à petit. Cette pression se transforme même en un sentiment mêlé d’excitation positive et d’espoir. Jusqu’au jour où… Le mot échec ne fait plus partie de notre vocabulaire.

Découvrir son authenticité

En voyage, on découvre le meilleur de nous-même. Loin de la pression de la société, on devient authentique. Nos rencontres de fortune se désintéressent complètement de notre statut, notre métier, notre étiquette mais s’efforcent plutôt de connaitre ce qu’on a dans les tripes, pourquoi on vit. Et ça, ça fait un bien libérateur !

Parler de nous différemment provoque des prises de conscience intéressantes. C’est vrai qu’avant mon premier maxi voyage en Australie, on ne m’avait jamais demandé ce qui me faisait vibrer, quel était mon rêve le plus fou, qu’est-ce que je ferai avec une baguette magique, quel impact je voulais avoir sur la planète, sur l’humanité… Et tant d’autres réflexions autour d’un feu de camps qui ont nourri mes premières importantes introspections. Une meilleure connaissance et conscience de soi nous permet ainsi d’acquérir une présence naturelle, authentique.

J’ai pu remarqué dans le monde de l’entreprise certaines « schizophrénies », comme si les individus portaient un masque « salarié », « patron », « chef » en plus des usuels « maman », « papa », « femme », « fils » etc… En nous éloignant de ce que nous sommes véritablement, ces masques nous empêchent de créer des relations de qualité durable. L’authenticité se révèle alors comme une puissante arme relationnelle. Plus on exprime notre « vrai » nous, plus nos relations sont authentiques, vraies et durables.

Muscler son cerveau droit

Je me suis pas mal intéressée aux études menées sur le cerveau et notamment celles qui tentent d’expliquer les différentes fonctions de notre cerveau gauche (logique, rationnel, explicatif, analytique) et de notre cerveau droit (créativité, intuition, émotionnel). J’en comprends qu’on a plutôt tendance, dans nos vies à mille à l’heure métro-boulot-dodo, à utiliser de façon déséquilibrée notre cerveau. Préférant garder les évènements de la journée sous contrôle, on oublie trop souvent de faire appel à notre cerveau droit. Pourtant, c’est avec celui-ci que l’on révèlerait et exprimerait tout notre potentiel.

On parle déjà dans les entreprises de l’importance du cerveau droit pour pouvoir innover, créer, prendre une décision difficile, se projeter, donner une réponse originale à une problématique. Il y a même des formations dispensées pour stimuler le cerveau droit. Mon remède est tout simple : voyager.

Parce que lorsqu’on voyage, selon moi, nous stimulons à 80% le cerveau droit : on contemple, on prend le temps, on s’émerveille, on ressent, on découvre. C’est le meilleur terrain de jeu pour suivre nos intuitions, assouvir nos curiosités et laisser libre court à notre imagination et créativité. On change complètement notre façon de « dealer » avec les évènements de la journée. Bien sur, on continue d’analyser et d’essayer de contrôler (il le faut parfois) mais on se rend vite compte que ça n’a pas grand intérêt de vouloir tout expliquer surtout au milieu d’une intense rue de Delhi, au sommet d’un col, devant un coucher de soleil à Byron Bay, face à un vieillard Laotien qui nous raconte sa vie. De retour de voyage, il est possible de continuer d’entrainer son cerveau droit en lui offrant des moments artistiques, de contemplation et de créativité. Les effets sont spectaculaires, essayez !

Incarner l’agilité

C’est indéniable, le voyage est l’application même de l’adaptabilité sociale et relationnelle. On change constamment de milieux, d’environnements, d’interlocuteurs – d’à peu près tout en fait – et on est obligé de s’adapter. Essayez d’expliquer à un Vietnamien de faire la queue pour monter dans le bus, de faire la bise à Laotien, demander du papier toilette en Inde, manger du camembert au Cambodge, conduire à droite en Australie, c’est tout simplement pas possible ! Alors, on observe, on comprend et on évolue ! C’est l’incroyable cercle vertueux de l’immersion en voyage.

C’est un cheminement qui force à la tolérance et à l’ouverture dans un premier temps puis qui conduit au changement. Je ne trouvais pas toujours évident d’accepter que les autres fonctionnent différemment et de faire l’effort de m’adapter. Pourtant, j’ai vite compris que c’était les règles du jeu dans lequel je m’étais lancée. Alors, intuitivement, je me suis fondue dans les masses. Je me suis forcée à me mettre à la place de l’autre, faire comme-ci j’étais l’autre, j’ai tenté de comprendre comment il fonctionnait. Lors de la célébration du Têt dans une ethnie vietnamienne à 25 km de la Chine, je me suis retrouvée à manger de la viande assise avec les femmes séparées des hommes. Pour une féministe végétarienne, c’était pas le top ! Je ne me suis pas sentie coupable ou je n’ai rien changé à mes convictions, j’ai juste voulu m’adapter au mieux et créer du lien avec tous les gens qui étaient là.

De retour en France, tout parait si simple et évident ! Mais très vite des challenges apparaissent : on recherche un travail, on lance une activité, on se forme, on change de ville … La vie quoi ! Mais grâce à toutes ses situations improbables rencontrées, on est capable de rebondir agilement et sereinement face aux aventures du retour.

Le voyage, une ligne pertinente sur un CV !

J’aimerais revenir sur un préjugé que je trouve dépassé, inutile, bloquant. En France, si on part en voyage pour plusieurs mois voir une année, cela serait vu comme du temps perdu professionnellement. Non seulement je trouve ça complètement faux mais je défends en plus l’idée qu’un long voyage doit être mis en avant lors d’un entretien d’embauche.

En effet, lorsque l’on débute notre carrière, nos premières années sont cruciales. Fraichement diplômés, notre objectif semble clair : se confectionner un CV en béton, cohérent, solide et surtout sans interruption. L’enseignement et notre entourage nous explique que la compétition est accrue et qu’il est primordial de se faire une place sur le marché du travail. On ne peut pas perdre une miette de notre fougue post-académique et on se doit de rapidement avaler des heures de travail, de la pression, des responsabilités pour « plus tard » se reposer sur notre butin acquis. Aux yeux de la génération X (née entre 1950-1980), se permettre de perdre une année d’expérience professionnelle avant nos 30 ans peut paraitre comme de la pure inconscience. C’est une année de moins pour atteindre la stabilité financière nécessaire pour débloquer un crédit immobilier par exemple. Mais ce qui était sain pour nos parents ne l’est plus vraiment pour nous…

Avant et pendant mon voyage, j’ai entendu des pluies de doutes et de scepticisme quant à ma réinsertion professionnelle en France. Pourtant, à mon retour je n’ai rencontré aucune difficulté pour me remettre dans le bain et décrocher un CDI. Il est cependant important de se préparer au retour et prendre de la hauteur quant à tout ce que l’on a vécu. Mon idée est donc de démonter 3 idées reçues concernant une longue absence professionnelle liée au voyage.

Idée reçue 1 : Ton CV ne sera plus cohérent

Après un voyage et donc une longue période d’inactivité professionnelle en France, il est important de revoir complètement son CV. En effet, tout a changé ! Le voyage permet de prendre de la hauteur sur nos expériences passées et il est intéressant de les reprendre sous une nouvelle perspective.

Dans mon cas, je trouvais que mes multiples expériences n’avaient aucun lien entre elles, mon voyage m’a permis de découvrir un fil rouge insoupçonné très solide mettant une cohérence incroyable dans mon parcours, à savoir l’humain.

Ensuite, on définit des nouveaux projets professionnels plus précis, ayant plus de sens pour nous. On n’arrive enfin à créer un CV ayant une direction qui nous ressemble, et c’est bien le but d’un CV ! Enfin et surtout, je pense qu’il faut mettre en avant notre voyage dans notre CV et ne pas laisser d’information sur cette longue période d’absence qui sera forcément visible à la première lecture. Pour cela, on peut tout simplement créer un encart « Développement Personnel » (n’ayons pas peur des mots !) ou bien « Voyages » et expliquer nos expériences humaines, personnelles, professionnelles à l’étranger. Les échanges culturels, les expériences de volontariat, les challenges qu’on a pu se lancer sont d’excellents exemples.

Par exemple, je décris dans mon CV que j’ai parcouru 40 000 kms en Australie avec mon van, ou bien que j’ai parcouru 240 km pendant 14 jours dans l’Himalaya dont un point culminant à 5416 mètres d’altitudes par mes propres moyens.

Ces éléments attirent la curiosité des recruteurs qui auront envie de connaitre pourquoi cela mérite d’être dans notre CV et voudront connaître l’histoire en entier. Lors de l’entretien, ils pourront pleinement apprécier le feu, l’engouement, l’engagement total qui émanent de nous lorsqu’on relate ces éléments qui nous ont tant transformé. Le voyage représente donc une ligne de plus et non de moins dans notre CV.

Idée reçue n°2 : L’employeur te prendra pour un tire-au-flanc

Premièrement, il n’est pas rare que notre recruteur fasse parti de la génération Y et soit lui-même un voyageur. Dans ce cas, il sera très constructif d’évoquer les épisodes de voyages et ce qu’ils nous ont apporté car le recruteur comprendra tout de suite de quoi on parle.

Dans d’autres cas, notre « trou » d’un an dans le CV peut faire hausser les sourcils. En tant que candidat, il est alors important de rappeler que voyage ne signifie pas (toujours) vacances. Il englobe aussi une importante logistique et une planification s’accompagnant de doutes et de peurs. C’est aussi de vraies galères, des erreurs de parcours, des déceptions, des moments de solitudes. Chaque aventure de voyage est une sortie de notre zone de confort bien souvent formatrice. Le voyage est donc un sacré investissement personnel et constitue un projet de vie auquel les glandeurs s’aventurent rarement…

Idée reçue n°3 : Tu seras déconnectée du marché du travail

Souvent les personnes qui nous entourent s’imagine que notre voyage nous fera rater le train de la vie professionnelle et nous laissera à tout jamais sur le quai de la gare. La suite logique après des études et de trouver un métier ; mais ça c’était avant ! Aujourd’hui, il y a des trains à toutes les heures et pour toutes les destinations. Un long voyage est certes une rupture avec le marché du travail, mais pas dans notre carrière. En d’autres termes, le voyage s’intègre dans notre développement personnel et professionnel. Il nous permet d’affiner nos aspirations et de s’ouvrir à d’autres métiers et à d’autres façons de travailler.

Pendant nos voyages, on croise sans cesse des travailleurs et on peut nous même travailler, ce qui nous permet de s’enrichir des spécificités culturelles de chaque pays. On ne travaille pas de la même manière en Australie qu’au Cambodge … A notre retour, on ne voit plus le travail de la même manière. On se rend compte aussi de la chance que l’on a de vivre dans un pays développé offrant tant d’opportunités professionnelles et où tout est possible. On est donc loin de la déconnexion du marché du travail mais plutôt dans une démarche d’appropriation et d’incarnation de notre futur métier, ce qui n’est pas plus mal.

Thaïlande. Voyager au gré des rencontres

2016. Me voilà de retour en France après deux années à l’autre bout du monde. J’aspirais à construire mon nid douillet à Toulouse, transformer tout ce que j’avais appris et trouver un travail stimulant et enrichissant. Très vite, grâce à mon réseau, je trouve une place en or dans une PME montante. Je saute dessus.

24 Mai : atterrissage à Toulouse

1er Juin : signature d’un CDI

30 Juillet : négociation de 15 jours de congés anticipés

Ma vie professionnelle pourtant au top, j’avais besoin de planifier mon prochain voyage. Je partis donc en Décembre pour (seulement) deux semaines d’aventures en Thaïlande. Mon idée était de voyager, pas de partir en vacances. Peu importe mon court timing, je voulais me comporter comme si je n’avais pas de billet retour. Je suis montée dans l’avion sans savoir où je dormais le soir à Bangkok, ni ce que je voulais visiter dans le pays. Tout était possible.

Dés mes premiers pas dans l’aéroport, j’enclenche le ‘mode voyage’. Pendant deux semaines, je me suis laissée guider par mes rencontres et la vie m’avait prévu de belles surprises. Portraits de ces âmes qui ont épicé mon voyage en Thaïlande.

Une bande de copains pour m’extirper de Bangkok

Tout commence dans l’avion. Ma voisine de siège est une française qui avait décidé de tout plaquer pour voyager en Asie pendant 6 mois. Elle rejoignait une bonne copine à elle dans une guesthouse à Bangkok. N’ayant pas de plan pour le soir et pour partager le taxi, je l’accompagne. L’hôtel est chouette mais plutôt simple. Par contre, juste à coté, une autre guesthouse restaurant m’avait tapé dans l’oeil. Je décide de m’y installer pour écrire sur mon journal et boire un café. La déco’ est vraiment exotique, tout le mobilier en tek, des plantes tropicales partout, des fleurs… Je m’y sens drôlement bien après avoir traversé la cohue de Bangkok en taxi.

A peine mon café servi et trois lignes écrites sur mon cahier que la table de jeunes voyageurs d’à côté me propose de les rejoindre. Des allemands, des hollandais et des américains sont en train de bruncher dans la joie et la bonne humeur. J’imaginais qu’ils étaient amis de longue date mais je me rends vite compte qu’ils se sont rencontrés la veille ! Ils sont tous super enthousiastes lorsque je leur apprends que je viens d’atterrir ; la plupart voyage plusieurs mois à travers toute l’Asie. La discussion tourne vite autour de leur prochaine destination. Certains décident de voler vers les îles du Sud, d’autres de remonter doucement vers le Nord. C’est le cas de Mallory et Tim de Seattle avec qui j’accroche bien depuis le début de la conversation. Spontanément, je me greffe au groupe montant vers le Nord.

Ne partant que le sur-lendemain, j’ai toute une journée pour plonger dans les profondeurs de Bangkok. Dans la queue pour monter dans le bateau me menant au centre ville, j’accroche avec un couple bayonnais A-DO-RABLE. Toute la journée, on explora, sans carte et sans GPS, les petites ruelles de Bangkok en se racontant nos vies. L’année passée, ils avaient sillonné l’Italie avec leur vélo pendant 8 mois, le rêve !

Une journée dans l’effervescence de Bangkok suffit et je suis ravie de quitter la ville pour rejoindre le Nord avec ma team composée de deux hollandais de 19 ans et deux américains proches de la trentaine. Après un voyage en bus, on pose les sacs à dos dans un village au coeur de la Thaïlande. J’apprends à les connaitre. Je suis abasourdie par la maturité et l’audace des deux jeunes hollandais d’à peine 18 ans pour voyager si jeune. Tim, quant à lui, m’impressionne par sa motivation à apprendre le thaï, il connaissait déjà un sacré vocabulaire.

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Mes compagnons de fortune, lors de la visite des temples en ruine de Kamphaeng Phet.

Gosha, comme un air de grande soeur

Au bout de 4 jours de voyage avec mon p’tit groupe de voyageurs, mon envie de me retrouver seule me pousse à les quitter pour rejoindre Chiang Mai, plus au Nord. Je sui si peu renseignée sur le pays que je suis persuadée que c’est un village… Que nenni ! Un million d’habitants grouillent dans de gigantesques marchés et se pressent sur une infinité de routes. Je suis un peu décontenancée…

Un peu perdue dans cette mégalopole, je m’offre un cours de cuisine thaï où je rencontre 7 autres apprentis cuistots, tous de nationalités différentes, dont Gosha, une Polonaise. Immédiatement, le courant passe et on suit le cours de cuisine ensemble. Un peu plus âgée que moi, elle enchaîne des périodes de travail (guide touristique en Suisse, France et Pologne) et de voyages. Après la Thaïlande, elle prévoit de descendre le Mékong pour rejoindre le Laos et ensuite de faire du volontariat au Cambodge. Je l’aurai bien suivi jusqu’au bout…

Après le cours, on décide de partir ensemble pour Paï, une petite ville plus au Nord, entourée de nature. Pendant deux jours, on explore les alentours de Paï en moto : les cascades, le canyon, les sources d’eau chaude… On se marre et on papote comme des soeurs. Lorsqu’elle me quitte pour le Laos, je ne peux pas m’empêcher d’être triste.

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Gosha, lors de notre virée autour de Paï.

Stef, un ange passe…

En arrivant à Paï, les portes de mon bus se sont ouvertes face à une affiche annonçant un petit festival local près d’un lac. Je ne pouvais pas ne pas y aller. Je m’y rends, toute curieuse de ce que j’allais y trouver.

Au milieu d’une forêt et au bord d’un lac, une scène de musique électronique à la décoration fluorescente et psychédélique domine les lieux. Tout autour des endroits cosy pour discuter et près du lac, un immense feu de camp auprès duquel je m’installe pour continuer mon observation des lieux… Tout à coup, mon regard s’arrête sur ce garçon aux allures d’ange. Il s’avance vers moi avec un sourire bienveillant et un regard rieur. Il s’assit à côté de moi et se présente, il s’appelle Stef et voyage en Asie depuis quelques mois déjà. Je suis frappée par sa façon de s’exprimer en anglais, un accent parfait et une mélodieuse fluidité. Il vient de vivre l’expérience la plus intense de sa vie lors d’une retraite de méditation silencieuse à Chiang Mai. Il n’avait pas parlé pendant dix jours.

Il dégage une pureté inconditionnelle en me racontant tout ce qu’il a ressenti lors des nombreuses intenses méditations. Je suis subjuguée par sa capacité à mettre des mots sur ses émotions et par sa sensibilité. Un lien de confiance s’établit immédiatement entre nous et nous échangeons comme si nous avions grandi ensemble. Au bout de trois intenses heures de discussion auprès du lac, j’apprends qu’il n’a que 21 ans. Sa lucidité et son éveil sur le monde m’interpellent d’autant plus. Nos échanges étant sans fin, nous passâmes mes derniers de voyage ensemble à philosopher sur tout et rien.

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Stef et son sourire.

Christian, le sage fou

– Do you want some company?

Comme si on avait rendez-vous. L’accent de Christian sonne comme une évidence. A ce moment-là, nous sommes installés avec Stef dans une paillote typique de Paï. Nous l’invitons à s’assoir. Avec un large sourire, il nous regarde droit dans les yeux, jusqu’au fond de l’âme. Il ne parle pas, il pose des mots aux syllabes distinctes. Chacune de ses paroles pèsent une tonne exprimant une intention qui vient du fond de son être. Il prend soin de laisser des silences. Je me rends compte qu’il m’observe et mesure ma compréhension.

Il me fait penser à un chasseur d’une tribu kenyane avec son physique longiligne et sa musculature sèche. Sa peau noire et son regard intense dégage une présence envoutante. Il nous raconte quelques mots sur sa vie, il vient de Bristol mais ne semble n’avoir aucune attache. On sent la vie le traverser. Il défait son sac à dos qui témoigne de bien d’aventures. A l’intérieur, son nécessaire pour vivre, son hamac minutieusement plié, de quoi soigner son genou qui lui fait horriblement mal, des grigris qu’il a ramassé ça et là et qui sont devenus ses trésors. Des joyaux de fortune qu’il aime offrir à d’autres voyageurs, je porte d’ailleurs tous les jours à mon oreille ce petit anneau en argent qu’il m’a offert ce jour là. 

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Christian, capturé dans son intensité.

La vie est faite de rencontres

Ce voyage en Thaïlande était peut être le plus court que j’ai effectué, il n’en demeure pas moins enrichissant. Imaginez le bien-être ressenti lors de mon vol retour. Tous ces échanges, ces moments de partage et de pures connexions remplissent ma tête de superbes souvenirs. J’ai compris un nouvel avantage au voyage : les gens se parlent à coeur ouvert. On évite le « small talk » et donc les préjugés. On ne demande pas d’où l’on vient, quel est notre métier, combien on gagne. On créé un moment, on partage des expériences de vie, on rêve sans jugement ni attente.

Aujourd’hui, je considère Christian et Stef comme des membres de ma famille, ils sont venus dans la maison où je suis née et nous nous écrivons très régulièrement. Je suis allée chez Stef aux Pays-Bas et j’ai rencontré ces parents. Ces rencontres sur le fil ont changé ma vie.

Ma définition du voyage

Avant de débuter la lecture de ma série d’articles à propos du voyage, il est important pour moi de définir ce que j’appelle le voyage afin que vous saisissez tout le sens de mes pensées. Le voyage est le concept le plus riche que j’imagine, il y a autant de façons de voyager que de voyageurs et c’est ce qui me passionne. Ma vision du voyage est donc propre à mon expérience et ma perception de la réalité. Mon objectif ici est de vous transmettre tout ce que le voyage me procure d’essentiel dans ma vie.

Je distingue les vacances du voyage. Le voyage n’a pas de durée dans le temps, il peut durer un WE ou plusieurs années. On peut voyager à quelques kilomètres de chez nous, ou bien de l’autre côté de la planète pourvu que ce soit nouveau et considéré par le voyageur comme une aventure. C’est l’état d’esprit du voyageur qui fait le voyage : la sortie de zone de confort permanente, l’ouverture à toutes nouvelles rencontres et expériences, la non-planification, le lâcher-prise, la connexion avec l’autre et la nature.

Le voyageur doit, selon moi, avoir un objectif de développement personnel et/ou collectif en tête. Par exemple, apprendre un métier (serveur) ou une technique (massage) à travers une expérience de volontariat ou un travail, s’investir dans un projet local (apprendre l’anglais aux petits Cambodgiens) ou bien pratiquer un sport (le kite surf en Australie), la méditation (faire un vipassana en Inde).

Un point non négligeable est celui de partir en solo plutôt qu’en couple ou en groupe. Partir à 2 ou en groupes est aussi une expérience de voyage incroyable mais, selon moi, ne sera jamais aussi puissante et impactante qu’en solo. Quand je dis partir en solo, j’entends prendre la décision de partir et organiser son départ seul(e). Evidemment, une fois lancé(e), on est jamais vraiment tout seul(e) !

Cette vision est évidemment très subjective et la frontière entre les vacances et les voyages peut paraitre fine. Pourtant le mot « voyage » a une connotation toute particulière. Il vient du mot latin via qui signifie « route », « voie », « chemin » qui a évolué au XIIIe siècle pour devenir voiage qui désignait les pèlerinages, les croisades ou les expéditions militaires pour trouver sa formule moderne au XIVe siècle. Tout de suite, le mot voyage s’éloigne d’un univers carte postale bleu turquoise et cocotiers. Il nous évoque plutôt une démarche engagée, motivée et aventureuse. Sans dire que voyager, c’est partir en croisade, je trouve intéressante de comprendre l’origine du mot. Voyager, c’est pour moi partir à la conquête du monde, des autres et surtout de soi.

Voyager pour tout changer

Le monde occidental souffre d’une routinite aïgue et d’une déconnexion avec le soi et la nature alarmante. Des maux contemporains qui grisent de plus en plus les populations et engendrent des conséquences inévitables : perte de sens, de vitalité, burn out, vous les connaissez bien. Et les remèdes ne sont pas évidents à trouver.

La pilule que je vous propose d’avaler, c’est celle du voyage. Elle est sans ordonnance, disponible dans toutes les pharmacies et sans effets secondaires si ce n’est votre épanouissement personnel et toutes les belles transformations que cela comporte. Selon moi, le voyage consisterai en une thérapie sérieuse aux maux modernes qui touchent notre société occidentale.

Alors comment le voyage pourrait-il nous aider à trouver une paix intérieure, améliorer notre vie quotidienne et nous faire évoluer ?

Le voyage nous permet de sortir le meilleur de nous-même

Constamment hors de notre zone de confort, on fait face à de nouvelles situations auxquelles ni notre mental, ni notre ego n’ont pu se préparer. Loin de notre entourage et de nos repères, on ne ressent aucun jugement et agissons instinctivement et naturellement. Après coup, on se rend compte à quel point on a su gérer cette situation et découvrons chez nous un côté débrouillard et social insoupçonné.

En voyage, on se rend compte qu’il existe autant de perceptions de la réalité que d’âmes sur cette planète. Ce qui veut dire que le moule dans lequel je m’efforce de me couler en France – mon activité, ma situation amoureuse, familiale, mon salaire – ne correspond à pas grand-chose ailleurs dans le monde. Cette pression sociale que l’on peut ressentir chez nous pour ne pas décevoir notre interlocuteur tombe tout naturellement. Ce qui intéresse les voyageurs c’est plutôt de créer un moment et parler de la vie à des niveaux supérieurs plutôt que de parler du passé. On exprime donc l’essence de notre personnalité sans peur du jugement et en toute liberté.

Le voyage nous ancre dans le présent

Notre mental est bien souvent indompté. Ressassant notre passé, se projetant dans le futur, tentant d’éviter telles ou telles catastrophes, on est jamais vraiment ici et maintenant. En voyage, on est en rapport direct avec la vie. La non-planification permet de libérer de la place dans notre esprit, on est enfin mentalement disponible. Au-delà de l’aspect logistique inévitable que comporte le voyage, le voyageur peut se laisser couler dans un lâcher prise total qui mène vers un état d’esprit de présence consciente. Cet état n’est pas accessible à la seconde où l’on monte dans l’avion ou dans le train, il demande un temps d’adaptation propre à chacun. Une fois atteint, l’esprit du voyageur se fixe dans le présent et lui permet d’expérimenter la vie d’une toute nouvelle façon.

Le voyage nous re-connecte à la nature et à la planète

La découverte d’un pays, d’une culture, d’une population passe par celle de ses paysages et de sa nature. Par exemple, les lacs font la beauté du Canada, les montagnes de l’Himalaya celle du Népal, le désert du Sahara celle des pays du Maghreb, l’outback et les plages celles de l’Australie. Lors d’un voyage, on prend le temps de s’arrêter devant un monument, un point de vue, un coin de nature et on en apprécie la beauté. D’ailleurs, on se dit souvent que l’on devrait prendre plus le temps d’admirer l’église de notre ville à qui on n’a jamais vraiment prêté attention, ou bien le ruisseau qui passe en bas de chez nous… On prend conscience du pouvoir apaisant de la nature et du pouvoir énergisant de la beauté qui nous entoure. Parce que pour une fois, on prend le temps de porter toute notre attention sur ce qui nous entoure et on donne de la valeur au présent. En se laissant toucher pour la beauté d’un paysage que l’on a jamais vu auparavant, on glisse dans un bien être contemplatif.

Fort.e.s de toutes ces nouvelles expériences sensorielles voire spirituelles, on rentre de voyage pas tout à fait comme on est parti. Il est important d’ancrer les prises de consciences que l’on a vu naitre en nous pendant notre voyage et de les transformer en acquis : notre confiance en nous, le pouvoir du moment présent, l’importance de se retrouver dans la nature. De retour dans notre quotidien, on porte un tout nouveau regard sur ce qui nous entoure. Un regard plus détaché, positif et serein.

Tout le monde peut se lancer !

On s’imagine que voyager c’est pour les autres et qu’un tel projet est tout simplement irréalisable compte tenu de notre contexte, notre quotidien, nos responsabilités, blah blah, blah… On a l’impression, en quelques sortes, que voyager n’est réservé que pour une poignée de privilégiés : les rock stars, les riches héritiers ou les gagnants de loto.

D’ailleurs, on me répète souvent : « Tu repars ? Y’en a qui ont de la chance ! J’aimerais trop être toi ! ». Je ne vous ferai pas l’affront de revenir sur la définition de la chance. Si ? Allez, un petit rappel pour être sûr que l’on parle de la même chose. « Possibilité, probabilité que quelque chose (surtout un évènement heureux) se produise. » Je ne dirai donc pas que j’ai de la ‘chance’ de voyager.

Me concernant, partir en voyage est une décision délibérée. Des mois de préparation en amont et surtout, une volonté qui vient du fond du cœur d’assouvir tout un lot de curiosités et d’atteindre des objectifs personnels. On a tous des raisons différentes qui nous poussent à partir. Je pourrai débattre ici de la supposition que font certains qui revient à dire que le voyage est une sorte de fuite. Pour moi, c’est plutôt un attrait pour de nouvelles choses. Une envie profonde de m’ouvrir, de connaitre notre belle planète et donc une réelle décision. Et vous savez quoi ? J’ai une super bonne nouvelle : tout le monde à la capacité de décider de quelque chose ! Voyager est à la portée de tous. Loin d’être inaccessible ou bien une affaire de chance, c’est un choix de vie, un projet personnel que l’on décide de réaliser. J’enfonce des portes ouvertes mais j’avais envie de rappeler que l’argent, la chance ou le temps ne sont pas des conditions sine qua none au voyage. Seulement l’intime conviction que partir nous apportera des millions de belles choses suffit pour que tout se déroule aisément.

Le voyage souffre donc d’idées reçues tenaces liées au temps, à l’argent et notre capacité individuelle à relever des défis. Pourtant, selon moi, jeunes, moins jeunes, riches, moins riches, célibataires, parents de famille nombreuse, tout le monde peut voyager. L’important est de passer au dessus de nos croyances limitantes que je détaille dans les articles suivants :

Oser prendre le temps de voyager

Le faux problème de l’argent

Comprendre que l’on est ‘cap’ de partir