Nouvelle-Zélande. Là où j’ai osé rêver.

La perte de repère : le « down » du voyage

Après 18 mois loin de chez moi et de mes repères, j’ai commencé à me perdre. J’avais attrapé en plein vol chaque opportunité qui se présentait à moi et rencontré des âmes qui ont changé ma vie. Pourtant, j’avais l’impression de n’avoir rien construit. Mon école de commerce prenait un statut de vague souvenir dans ma tête et je traversais une période de doutes à tous les niveaux. Mes attentes et ambitions se brouillaient.

Pour la première fois depuis mon départ, je ressentais une sensation de manque. J’avais envie de voir ma famille et d’échanger avec mes amis. Je voulais partager avec des personnes qui me connaissent bien mes choix cornéliens pour qu’ils puissent me guider dans cet épais brouillard qu’était devenue ma vie. De retour à Melbourne en visa touriste, j’enchainais depuis 9 mois les petits boulots au black car il m’était interdit de travailler.

La majorité du temps, je travaillais en tant que chef-cook dans le coeur de Melbourne. Je me levais tôt et suivais un rythme soutenu. Pour arrondir les fins de mois, j’enchainais ma journée avec du babysitting et des cours de français. Je vivais avec mon p’tit copain dans une colloc’ alternative incroyable dans le quartier underground de Collingwood. Ce lieu de vie voyaient passer des artistes et des voyageurs de partout dans le monde. Le seul hic, c’est qu’on avait pas le droit d’y vivre. Situé dans la zone industrielle, l’immeuble était censé accueillir des entreprises et non pas devenir l’auberge espagnole… A ce moment là, je n’arrivais plus à me raccrocher à quoique ce soit pour avancer. Tout me paraissait instable. Un mal être grandit en moi, je n’étais plus à ma place.

Etre attentive aux signes de la vie

Mon voyage en Australie m’avait ancré et donné confiance en moi. J’avais aussi appris à faire confiance en quelque chose de plus grand : la vie. Des personnes croisées sur mon chemin m’avaient sensibilisé à l’importance d’être attentive aux signes. Selon certains, rien n’arrive par hasard. D’abord sceptique, je prenais avec des pincettes cette nouvelle façon de voir la vie. Lors de cette période de doutes, j’ai senti qu’il fallait que je bouge. J’entrepris alors mon premier voyage en solo en Nouvelle-Zélande pour ‘me prendre entre quatre yeux’.

Depuis quelques temps, tout le monde autour de moi parlait de ce pays dont tous revenaient ravis. Je n’ai pas hésité une seule seconde sur ma destination, je savais qu’il fallait que j’aille là-bas. Pour la première fois, j’étais décidée à suivre mes intuitions profondes. Je laisse alors mon copain, mes boulots, ma vie à Melbourne et avec mes petites économies, je troc les kangourous contre les kiwis.

Lorsque j’avais évoqué mon projet de partir en Nouvelle-Zélande, deux copains français se sont motivés à venir me rejoindre pour deux semaines de road trip en van à la découverte de l’île du Sud.

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Dés la première semaine, la nature néozélandaise me touche. Elle est brute et m’apaise.

Ces deux semaines m’ont fait l’effet d’une bouffée d’oxygène. J’ai pu partager mes doutes et surtout relativiser ma situation grâce aux échanges avec mes deux amis. Au lieu de tourner en boucle sur mes questionnements stériles, je ne perdais pas une miette de la beauté du lac Tekapo, Pukaki ou encore du Mont Cook. La nature et ces moments partagés m’ont apporté lucidité et paix. Je revenais à l’essentiel et à l’instant présent depuis trop longtemps délaissés.

Avant même de décoller pour Wellington, j’avais tapé sur Google « best horse trekking new zealand ». Etant cavalière, j’avais une grande envie de faire du cheval (luxe que je n’avais pas pu me payer en Australie). Je tombe sur un site web qui me met des étoiles dans les yeux. Happée par les photos incroyables de balades sur l’océan et dans la jungle tropicale, je me plonge dans chaque page du site. Je remarque tout en bas que l’on peut écrire pour être volontaire au ranch. J’écris de ce pas un mail passionné et après quelques échanges avec Karen, maîtresse des lieux, me voilà prise pour 3 mois de volontariat.

Après deux semaines à sillonner l’île du Sud, je prends donc le bus pour rejoindre Punakaiki, perdu sur la côte Ouest à 70 km au nord de Greymouth, la ville la plus proche. C’est dans cet écrin de nature que je passerai 3 mois de rêve.

Une autre vision du travail

Jusque là, ma vision du monde du travail était, disons-le, hyper négative. Je me rebellais contre une société capitaliste où le monde de l’entreprise régnait en maître. Mes expériences professionnelles étaient certes positives mais ne faisaient qu’alimenter un système prônant la croissance et le « toujours plus » à n’importe quel prix. Mes petits boulots (travail au champs, nounou, restauration et prof’ de français) m’apportaient une autre vision du travail plus humaine. Et pourtant, ils restaient des boulots alimentaires peu stimulant intellectuellement.

Je me souviens comme si c’était hier lorsque j’ai rencontré pour la première fois Karen et Neil, les propriétaires et gérants des chambres d’hôtes et du ranch où j’allais travailler. Un couple dans la cinquantaine, en pleine forme et d’une gentillesse incroyable. Ils m’ont tout de suite beaucoup touché.

J’ai eu quelques jours d’adaptation peu évidents. Déjà j’intégrais une nouvelle collocation et travaillais avec un type de personnes assez particulier et méconnu chez moi : des filles. Cinq au total ! La vie m’avait placé la barre très haute… Après l’angoisse du premier repas à parler essentiellement de poney, je pris mes marques. Les cavalières sont en général une espèce de filles assez directe et passionnée, je me suis donc rapidement sentie à l’aise.

Nos journées étaient bien chargées. Le matin, on nourrissait les animaux et on filait astiquer les cottages de luxe (5 au total) qui avait été occupés la nuit. Si des clients souhaitaient faire une balade à cheval, deux volontaires s’en chargeaient. Après le break de midi, on avait généralement des balades de prévues. On allait chercher nos montures qui vivaient en liberté dans le parc national avec un quad, pour ensuite les nourrir et les préparer. Une fois tout le monde prêt et à cheval, on dispensait une leçon d’équitation (in english of course !) expliquant le B-A-BA. Et en avant pour 3 heures de balade dans la propriété de Karen et Neil, un parc national monstrueux habitant palmiers, arbres tropicaux, oiseaux, opossums et même un ruisseau menant à des gorges… La cerise sur le gâteau restait le galop final sur l’immense plage déserte qui me semblait toujours interminable, hors du temps.

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Un instant de pur bonheur comme il m’en arrivait des centaines par jour…

Karen et Neil, tout au long de leur vie, se sont investis corps et âmes dans un endroit où ils se sentent bien, en paix et exercent leur passion. Je n’avais jamais vécu une expérience comme celle-ci, je ne pensais pas que c’était possible. Ils ont de longues journées, des responsabilités, des soucis mais n’échangeraient leur place pour rien au monde. Il y a 25 ans, ils ont osé imaginer comment leurs rêves pourraient prendre vie et ont agi. Aujourd’hui, leur havre de paix ainsi que les balades à cheval sont prisés par les touristes.

De leur rencontre j’ai compris deux choses. La première c’est l’importance que je porte à exercer un métier qui a du sens pour moi. J’ai adoré être dans ce flux permanent, même lors des tâches difficiles ou ingrates elles avaient un sens pour moi. Pour une fois, je n’étais pas dans le ‘faire pour faire’. Ramasser le crottin sur un hectare, trouver le bois pour cuire l’orge, nettoyer les cuirs n’étaient pas pour moi des corvées mais des moments où je pouvais réfléchir à comment améliorer les balades, notre service à la clientèle, la page facebook du ranch. Je servais à quelque chose en exerçant un métier et ça, c’était une sacré révélation. La deuxième chose est l’importance de penser ‘out of the box’. Si quelque chose n’existe pas encore il faut le créer. Karen et Neil se sont installés au milieu de rien. Ils avaient un rêve en tête et se sont donnés les moyens de le réaliser. Ils me racontaient qu’à leur début, ils n’avaient pas l’électricité pendant des mois et rigolaient en se revoyant vivre à la bougie avant de construire de leur propre main les premiers cottages.

Les shoots de bonheur

Pendant ces quelques mois, il s’est passé en moi des choses assez magiques. Cet engagement total dans mon métier auprès des chevaux dans un environnement naturel et sauvage m’amena à un état de paix intérieur jamais connu. Je m’endormais avec le bruit de l’océan et me réveillais avec les hennissements des chevaux. Coupée de tout, le peu de contact humain que j’avais été d’une grande qualité. D’une part, les quelques locaux de Punakaiki avait créé une communauté à l’intérieur de laquelle j’ai tissé des liens incroyables, d’autres part les touristes m’apportaient de l’exotisme et de la fraîcheur chaque jour.

Avec mes colocataires allemandes et hollandaises, des liens très forts se sont créés. Elles m’ont énormément apporté. C’est grâce à elles que j’ai fait un progrès significatif dans mon apprentissage de l’anglais, à force de discuter des heures entières. Plus âgées que moi, c’étaient des femmes d’action, très sportives, indépendantes et extrêmement intelligentes. Chaque jour, on faisait du sport, on lisait, on cuisinait et on rigolait de choses simples. Elles m’ont appris l’importance de la discipline et de l’action mais aussi la simplicité et la légèreté.

Peu avant mon départ, lors d’une journée ensoleillée, je m’assois sur les marches de notre terrasse. Je réalise un instant la chance que j’ai d’être là. J’entends les rouleaux des vagues se casser sur les galets, je regarde la forêt et les fleurs qui m’entourent. Et tout à coup, je sens une vague de frissons me parcourir tout le corps et un voile tout doux m’enlace. C’est hyper agréable et je trouve ça assez intense. Un sentiment de complétude et de perfection, alors que je ne fais rien, je ne pense à rien. Je suis juste là. Mes sens sont exacerbés, j’entends tous les oiseaux même les plus lointains, le soleil me chauffe juste ce qu’il faut le visage, la brise souffle juste ce qu’il faut. Je kiffe le moment. Puis, peu à peu, je respire fort pour calmer l’intensité du moment. Là, je comprends quelque chose d’essentiel. Je me rends compte qu’à plus de 20 000 km de ma famille, de mes amis, de mes repères, sans travail et sans maison fixe ; je ressens une paix intérieure inébranlable. Je comprends que la seule personne responsable de mon état de bien être est moi-même. Qu’il suffit que je cultive cet équilibre physique et mental, au contact de la nature pour accéder à ma plénitude.

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Photo souvenir d’un shoot de bonheur en admirant un coucher de soleil seule face à la mer.

Cette prise de conscience me permis de lâcher prise sur plein de questionnements : la distance avec mes proches, mon besoin d’exister, mon avenir professionnel et mes crises existentielles entre autres… J’avais pris un sacré shoot de bonheur. Depuis, j’ose rêver.

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