Thaïlande. Voyager au gré des rencontres

2016. Me voilà de retour en France après deux années à l’autre bout du monde. J’aspirais à construire mon nid douillet à Toulouse, transformer tout ce que j’avais appris et trouver un travail stimulant et enrichissant. Très vite, grâce à mon réseau, je trouve une place en or dans une PME montante. Je saute dessus.

24 Mai : atterrissage à Toulouse

1er Juin : signature d’un CDI

30 Juillet : négociation de 15 jours de congés anticipés

Ma vie professionnelle pourtant au top, j’avais besoin de planifier mon prochain voyage. Je partis donc en Décembre pour (seulement) deux semaines d’aventures en Thaïlande. Mon idée était de voyager, pas de partir en vacances. Peu importe mon court timing, je voulais me comporter comme si je n’avais pas de billet retour. Je suis montée dans l’avion sans savoir où je dormais le soir à Bangkok, ni ce que je voulais visiter dans le pays. Tout était possible.

Dés mes premiers pas dans l’aéroport, j’enclenche le ‘mode voyage’. Pendant deux semaines, je me suis laissée guider par mes rencontres et la vie m’avait prévu de belles surprises. Portraits de ces âmes qui ont épicé mon voyage en Thaïlande.

Une bande de copains pour m’extirper de Bangkok

Tout commence dans l’avion. Ma voisine de siège est une française qui avait décidé de tout plaquer pour voyager en Asie pendant 6 mois. Elle rejoignait une bonne copine à elle dans une guesthouse à Bangkok. N’ayant pas de plan pour le soir et pour partager le taxi, je l’accompagne. L’hôtel est chouette mais plutôt simple. Par contre, juste à coté, une autre guesthouse restaurant m’avait tapé dans l’oeil. Je décide de m’y installer pour écrire sur mon journal et boire un café. La déco’ est vraiment exotique, tout le mobilier en tek, des plantes tropicales partout, des fleurs… Je m’y sens drôlement bien après avoir traversé la cohue de Bangkok en taxi.

A peine mon café servi et trois lignes écrites sur mon cahier que la table de jeunes voyageurs d’à côté me propose de les rejoindre. Des allemands, des hollandais et des américains sont en train de bruncher dans la joie et la bonne humeur. J’imaginais qu’ils étaient amis de longue date mais je me rends vite compte qu’ils se sont rencontrés la veille ! Ils sont tous super enthousiastes lorsque je leur apprends que je viens d’atterrir ; la plupart voyage plusieurs mois à travers toute l’Asie. La discussion tourne vite autour de leur prochaine destination. Certains décident de voler vers les îles du Sud, d’autres de remonter doucement vers le Nord. C’est le cas de Mallory et Tim de Seattle avec qui j’accroche bien depuis le début de la conversation. Spontanément, je me greffe au groupe montant vers le Nord.

Ne partant que le sur-lendemain, j’ai toute une journée pour plonger dans les profondeurs de Bangkok. Dans la queue pour monter dans le bateau me menant au centre ville, j’accroche avec un couple bayonnais A-DO-RABLE. Toute la journée, on explora, sans carte et sans GPS, les petites ruelles de Bangkok en se racontant nos vies. L’année passée, ils avaient sillonné l’Italie avec leur vélo pendant 8 mois, le rêve !

Une journée dans l’effervescence de Bangkok suffit et je suis ravie de quitter la ville pour rejoindre le Nord avec ma team composée de deux hollandais de 19 ans et deux américains proches de la trentaine. Après un voyage en bus, on pose les sacs à dos dans un village au coeur de la Thaïlande. J’apprends à les connaitre. Je suis abasourdie par la maturité et l’audace des deux jeunes hollandais d’à peine 18 ans pour voyager si jeune. Tim, quant à lui, m’impressionne par sa motivation à apprendre le thaï, il connaissait déjà un sacré vocabulaire.

P1040329
Mes compagnons de fortune, lors de la visite des temples en ruine de Kamphaeng Phet.

Gosha, comme un air de grande soeur

Au bout de 4 jours de voyage avec mon p’tit groupe de voyageurs, mon envie de me retrouver seule me pousse à les quitter pour rejoindre Chiang Mai, plus au Nord. Je sui si peu renseignée sur le pays que je suis persuadée que c’est un village… Que nenni ! Un million d’habitants grouillent dans de gigantesques marchés et se pressent sur une infinité de routes. Je suis un peu décontenancée…

Un peu perdue dans cette mégalopole, je m’offre un cours de cuisine thaï où je rencontre 7 autres apprentis cuistots, tous de nationalités différentes, dont Gosha, une Polonaise. Immédiatement, le courant passe et on suit le cours de cuisine ensemble. Un peu plus âgée que moi, elle enchaîne des périodes de travail (guide touristique en Suisse, France et Pologne) et de voyages. Après la Thaïlande, elle prévoit de descendre le Mékong pour rejoindre le Laos et ensuite de faire du volontariat au Cambodge. Je l’aurai bien suivi jusqu’au bout…

Après le cours, on décide de partir ensemble pour Paï, une petite ville plus au Nord, entourée de nature. Pendant deux jours, on explore les alentours de Paï en moto : les cascades, le canyon, les sources d’eau chaude… On se marre et on papote comme des soeurs. Lorsqu’elle me quitte pour le Laos, je ne peux pas m’empêcher d’être triste.

P1040440
Gosha, lors de notre virée autour de Paï.

Stef, un ange passe…

En arrivant à Paï, les portes de mon bus se sont ouvertes face à une affiche annonçant un petit festival local près d’un lac. Je ne pouvais pas ne pas y aller. Je m’y rends, toute curieuse de ce que j’allais y trouver.

Au milieu d’une forêt et au bord d’un lac, une scène de musique électronique à la décoration fluorescente et psychédélique domine les lieux. Tout autour des endroits cosy pour discuter et près du lac, un immense feu de camp auprès duquel je m’installe pour continuer mon observation des lieux… Tout à coup, mon regard s’arrête sur ce garçon aux allures d’ange. Il s’avance vers moi avec un sourire bienveillant et un regard rieur. Il s’assit à côté de moi et se présente, il s’appelle Stef et voyage en Asie depuis quelques mois déjà. Je suis frappée par sa façon de s’exprimer en anglais, un accent parfait et une mélodieuse fluidité. Il vient de vivre l’expérience la plus intense de sa vie lors d’une retraite de méditation silencieuse à Chiang Mai. Il n’avait pas parlé pendant dix jours.

Il dégage une pureté inconditionnelle en me racontant tout ce qu’il a ressenti lors des nombreuses intenses méditations. Je suis subjuguée par sa capacité à mettre des mots sur ses émotions et par sa sensibilité. Un lien de confiance s’établit immédiatement entre nous et nous échangeons comme si nous avions grandi ensemble. Au bout de trois intenses heures de discussion auprès du lac, j’apprends qu’il n’a que 21 ans. Sa lucidité et son éveil sur le monde m’interpellent d’autant plus. Nos échanges étant sans fin, nous passâmes mes derniers de voyage ensemble à philosopher sur tout et rien.

P1040466
Stef et son sourire.

Christian, le sage fou

– Do you want some company?

Comme si on avait rendez-vous. L’accent de Christian sonne comme une évidence. A ce moment-là, nous sommes installés avec Stef dans une paillote typique de Paï. Nous l’invitons à s’assoir. Avec un large sourire, il nous regarde droit dans les yeux, jusqu’au fond de l’âme. Il ne parle pas, il pose des mots aux syllabes distinctes. Chacune de ses paroles pèsent une tonne exprimant une intention qui vient du fond de son être. Il prend soin de laisser des silences. Je me rends compte qu’il m’observe et mesure ma compréhension.

Il me fait penser à un chasseur d’une tribu kenyane avec son physique longiligne et sa musculature sèche. Sa peau noire et son regard intense dégage une présence envoutante. Il nous raconte quelques mots sur sa vie, il vient de Bristol mais ne semble n’avoir aucune attache. On sent la vie le traverser. Il défait son sac à dos qui témoigne de bien d’aventures. A l’intérieur, son nécessaire pour vivre, son hamac minutieusement plié, de quoi soigner son genou qui lui fait horriblement mal, des grigris qu’il a ramassé ça et là et qui sont devenus ses trésors. Des joyaux de fortune qu’il aime offrir à d’autres voyageurs, je porte d’ailleurs tous les jours à mon oreille ce petit anneau en argent qu’il m’a offert ce jour là. 

P1040475
Christian, capturé dans son intensité.

La vie est faite de rencontres

Ce voyage en Thaïlande était peut être le plus court que j’ai effectué, il n’en demeure pas moins enrichissant. Imaginez le bien-être ressenti lors de mon vol retour. Tous ces échanges, ces moments de partage et de pures connexions remplissent ma tête de superbes souvenirs. J’ai compris un nouvel avantage au voyage : les gens se parlent à coeur ouvert. On évite le « small talk » et donc les préjugés. On ne demande pas d’où l’on vient, quel est notre métier, combien on gagne. On créé un moment, on partage des expériences de vie, on rêve sans jugement ni attente.

Aujourd’hui, je considère Christian et Stef comme des membres de ma famille, ils sont venus dans la maison où je suis née et nous nous écrivons très régulièrement. Je suis allée chez Stef aux Pays-Bas et j’ai rencontré ces parents. Ces rencontres sur le fil ont changé ma vie.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s