Comprendre que l’on est ‘cap’ de partir

Bien souvent, ce qui nous empêche de partir en voyage c’est nous-mêmes. On a beau entendre les témoignages de ceux qui se sont lancés et comprendre les bienfaits d’un projet de voyage à long terme, on ne s’y retrouve pas. On laisse notre mental nous persuader qu’en gros : on est pas cap. Le plus dur pour nous est d’identifier et de balayer nos peurs. Il est temps de les débusquer et de leur mettre une bonne raclée !

Peur de l’inconnu

Partir voyager sur plusieurs mois engendre forcément une rupture avec notre vie actuelle. On doit obligatoirement laisser dernière nous une situation dans laquelle on était bien installé confortablement, pour une situation complètement inconnue. Il est normal que cette pensée soit douloureuse et difficile à accepter.

Quand on ose s’imaginer partir en voyage, notre routine – que l’on ne supportait plus quelques temps plus tôt – retrouve un goût sucré addictif qu’on abandonnerait pour rien au monde. On s’y accroche comme s’il était impossible de retrouver à notre retour de voyage une situation « aussi bien ». Notre mental est là pour nous protéger et nous empêcher de prendre des risques non calculés pour garantir notre survie. Bien souvent, cette petite voix dans notre tête abuse de son emprise et nous empêche de croire en nous et de nous réaliser pleinement. Souvent on se dit : « Même si je ne suis pas heureux à 100 % pourquoi je risquerai de perdre tout ce que j’ai pour partir voyager ? Pourquoi ne pas me contenter de ce que j’ai ?». Ma réponse est la suivante : parce que c’est la définition même de vivre. Devenir responsable de sa vie en mettant en place des actions pour améliorer qui nous sommes et nous développer. Le voyage en est un excellent moyen. En sautant à pied joint dans l’inconnu, on multiplie les expériences, les rencontres, les apprentissages qui nous feront grandir. On apprend donc à se détacher de notre confort matériel et de notre situation pour embrasser un changement. Même si cette perspective est nouvelle et inconnue, on est plus à même de l’affronter car elle vient d’une profonde conviction et de notre propre volonté.

Peur de laisser notre entourage

Parfois, on se dit que si on part un certain temps loin de chez nous, tout va changer : les amis vont nous oublier, la famille va moins penser à nous. Une impression que l’on va manquer quelque chose, qu’on va nous remplacer. Pourtant, je n’ai jamais été aussi connectée et proche de mon entourage que pendant mes voyages.

En temps normal, socialement, on a la tête dans le guidon. On effectue notre marathon social quotidien de plus en plus machinalement. Mais lorsqu’on a pris la décision de partir, on se rend compte de l’importance que l’on porte à nos relations. Juste avant le grand départ, on profite d’eux pleinement et on passe des moments de qualité pour emmagasiner plein de bons souvenirs.

Pendant le voyage, il est maintenant un jeu d’enfants de rester connectés avec notre entourage. On peut se parler, se voir, partager tout ce que l’on vit : le lien n’est jamais vraiment coupé. J’ai agréablement remarqué lors de mes voyages que d’une manière générale, mes relations amicales et familiales se sont incroyablement assainis. Les relations semblent se baser sur plus de communication (on ose dire qu’on se manque donc qu’on s’aime), de simplicité et d’authenticité. On oublie alors vite qu’on manque la crémaillère d’un tel ou le pot de départ d’un autre lorsque l’on regarde tout ce que nous apporte le voyage en termes relationnel.

A notre retour de voyage, on se rend compte que nos repères sociaux n’ont pas bougé. Bien sur, tout le monde évolue mais à des rythmes différents et il faut un petit temps d’adaptation pour se remettre dans le bain de nos relations sociales. Il est important de conserver après notre retour l’authenticité et la communication qu’on a réussi à développer pendant le voyage.

Souvent, le voyage marque pour nos relations un profond tournent. Avec certaines personnes, la relation va s’intensifier, de grandes discussions profondes vont émerger avant ou après le voyage, on va se dire les choses (notamment la relation parent-enfant). Avec d’autres personnes, la relation va se taire naturellement. On va préférer consacrer du temps et de l’énergie aux personnes qui comptent vraiment. Contrairement à notre vie de tous les jours, on ne se sent obligé de rien ce qui permet un écrémage naturel de nos relations.

Peur de l’autre

Il n’est pas évident pour une personne peu sociable de se projeter seule dans un pays inconnu, peuplé de personnes ne parlant pas le même langage et n’ayant pas la même culture. Certains d’entre nous ressentons un fort sentiment d’insécurité, d’autres craignent de ne pas savoir communiquer ou créer de liens sociaux. Dans les deux cas, ce n’est qu’une manigance de notre mental que l’on peut déjouer.

Bien souvent, on a peur de l’autre car on le juge hostile : j’ai peur qu’on me vole mon sac, qu’on m’agresse, qu’on m’arnaque… C’est bien compréhensible lorsqu’on nous assomme de reportages sur la criminalité grandissante, le terrorisme, la délinquance et bien d’autres. Il y a certes des endroits sur la planète qui craignent plus que d’autres (souvent les grandes villes) mais ils sont connus du commun des mortels et restent minoritaires comparés aux endroits où la population est accueillante et bienveillante. Concentrons-nous donc sur celles-ci ! Souvent, on fait le raccourci suivant : je ne connais pas donc c’est dangereux. En y réfléchissant, on se rend vite compte que cette croyance est infondée. Le sentiment d’insécurité doit donc être nuancé. Ce n’est pas parce que je ne connais pas cet endroit que je suis moins en sécurité.

Dans notre quotidien, la petite voix s’en donne à cœur joie pour nous rappeler combien les autres sont mauvais et dangereux. Il ne faut pas confondre la prudence avec la méfiance. L’ouverture d’esprit, la tolérance, la sociabilité et la bienveillance envers les autres n’enlèvent en rien notre prudence face à un inconnu. C’est factuel, l’être humain souffre de dérives et toutes les populations de la planète en sont touchées – même notre petit village. Le risque zéro n’existe donc pas. A contrario, l’expérience positive est elle aussi présente et possible partout dans le monde et c’est sur cela que j’attire votre attention.

Comme toujours, j’ai le choix. Je peux partir du principe que l’autre va me vouloir du mal, qu’il faut que je m’en protège et me concentrer essentiellement sur ma peur pour éviter le danger. De cette façon, je suis inconsciemment fermée. Non seulement je suis incapable de contrôler ce qu’il va arriver mais j’ai aussi de grandes chances d’échapper à une expérience positive. Ou alors, je vais d’abord imaginer le meilleur plutôt que le pire. Je peux décider de prendre conscience du danger sans qu’il vienne altérer ma personnalité ouverte et positive. Dés lors que l’on laisse tomber notre méfiance envers l’autre, des situations incroyables nous arrivent.

Au-delà du sentiment d’insécurité loin de chez nous, on a parfois du mal à aller vers les autres naturellement, ou bien on se sent agressé lorsque quelqu’un nous aborde, comme le sentiment de ne pas avoir le mode d’emploi de la communication. En voyage, tout est différent. La langue, l’environnement, la culture, le changement est tellement flagrant que notre inhibition tombe naturellement. Notre entourage étant absent, on a plus peur du jugement et il est plus facile de se lancer. On peut aussi laisser les autres venir vers nous. Dans un contexte de voyage, on ne s’aborde pas de la même manière. Les premiers contacts que ce soient avec la population locale ou d’autres voyageurs sont plus légers. On vient vers vous dans une atmosphère décontractée et parce qu’on en a envie. Ce dernier point fait toute la différence. Mon compteur de sourires explosent pendant mes voyages, ils sont sur une large majorité de visages et appellent à une intéraction. Le premiers pas étant faits, on se rend compte que c’est plaisant et facile de parler aux autres et on a qu’une hâte : recommencer !

Peur de la solitude

Cette peur est la plus facile à effacer. Elle est fondée sur la plus grosse fausse croyance liée au voyage solo : je vais me retrouver tout le temps tout seul. Il faut comprendre qu’il est en fait compliqué de se retrouver seul en voyage, même lorsque l’on est pas spécialement sociable ! Oui, car il y a en fait une multitude de voyageurs solo comme nous qui parcours la terre entière et qui aiment se retrouver aux mêmes endroits. De plus, aujourd’hui de nombreuses applications smartphones et groupes Facebook sont créés pour connecter les voyageurs entre eux partout dans le monde. Et puis, cette peur est intrinsèquement liée à notre peur d’aller vers les autres. Une fois que l’on passe le pas et qu’on se mêle facilement à un groupe, on est jamais vraiment seul. En fait, on a le luxe de choisir nos moments sociaux et nos moments de solitude – parfois il en faut. Chaque minute pendant le voyage est une occasion de rencontrer de nouvelles personnes, dans les transports, lors d’une activité, dans la rue, dans l’auberge de jeunesse. Chaque jour, on se fait de nouveaux compagnons de route et parfois même des amis qu’on gardera toujours.

Peur de ne pas savoir se débrouiller en cas de pépin

On se dit que la débrouillardise n’est pas innée chez tout le monde. Parfois trop couvés par Maman, on ne s’imagine pas une seconde s’orienter dans un marché bondé de Bangkok à la recherche d’une auberge de jeunesse. Et pourtant, mon avis est que nous avons tous en nous un instinct de débrouillardise insoupçonnée. C’est juste que dans nos vies trop bien huilées, on est souvent paré à toutes éventualités et on voit l’imprévu comme quelque chose d’ingérable. Là encore le secret sera de lâcher prise et de nous faire confiance. Parce que quand notre sac à dos nous scie les épaules, qu’on a soif et qu’on a envie d’enfin poser nos fesses après un long trajet, on va aller chercher les ressources en nous pour nous débrouiller à trouver cette foutue auberge. Tout à coup, on est lucide, concentré : on reprend la carte de façon plus posée, on confirme les informations que l’on a par 2,3 passants pour être sur et on avance ! Rencontrer un imprévu n’est certes pas toujours agréable mais c’est une excellente opportunité de sortir de notre zone de confort et découvrir ce qu’on a vraiment dans le ventre. D’ailleurs, c’est bien souvent de nos aventures « qui partaient mal » dont on se souvient avec le plus de plaisir.

Barrière de la langue

La barrière de la langue freine un bon nombre de personnes à partir à l’étranger. Couplé avec la peur d’aller vers les autres, cet obstacle devient – dans notre esprit – infranchissable. On se rappelle les cours du lycée où on se faisait tout petit au fond de la salle pour ne pas répondre à la question posée par la prof – question que l’on avait d’ailleurs pas saisie ! Ce blocage là, je le comprends parfaitement car je l’ai ressenti bien longtemps. Pour la langue, pas de miracle, seulement du courage et de la pratique. Mais heureusement, on est vite gratifié et ça nous donne envie de continuer nos efforts. Dès les premiers jours, on se rend compte que ce n’est pas du tout comme au lycée : même si on se trompe on nous comprend ou du moins on nous sourit ! Et puis, on se rend compte, que finalement, on est pas si nul que ça. Le collège, le lycée, les films en VO ont finalement laissé quelques traces qu’on retrouve rapidement lors d’une mise en contexte. Au début, on développe des techniques pour communiquer. Pour comprendre, on travaille notre sens de l’observation et on scrute le corps de notre interlocuteur à l’affut du moindre indice qui pourrait aider la compréhension. On est d’autant plus attentif aux expressions du visage, au regard, au sourire et à ce qui se dégage de manière générale d’une personne. Pour parler, on va tout miser sur le mime et on va droit au but pour éviter les quiproquo. On apprend à mettre un maximum d’intention dans notre message et nos gestes. Des situations cocasses peuvent évidemment surgir, mais la communication s’établit toujours. La barrière de langue nous permet en fait de développer d’autres capacités relationnelles plus intuitives et naturelles qui nous serviront toujours.

3 commentaires Ajouter un commentaire

    1. seedsofsun dit :

      Merci pour ton retour !
      C’est déjà super que tu es sauté le pas une première fois ! Pour ce qui est de ton nouveau projet, essaie de voir ce qui te bloque vraiment, d’identifier clairement tes peurs. Ensuite tu pourras les comprendre et mettre des choses en place pour les affronter sereinement! Et puis n’oublie jamais de te reconnecter à toutes les belles choses que tu as déjà pu vivre à travers ton premier voyage et tout ce qu’il t’a apporté 🙂

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  1. chenillenvol dit :

    Je me reconnais totalement dans ton article. Je suis partie pour la première fois en voyage non organisé (école, fac) en novembre sous l’impulsion d’une personne rencontré peu avant. Je n’avais jamais osé réalisé un voyage, même de 3 jours, car je suis casanière, réservée, angoissée… berf, impensable pour moi. Mais depuis, je suis tentée de partir 2 à 3 mois en Europe au printemps. Reste à savoir si je le réaliserai vraiment et que les freins psychologiques ne seront pas trop imposants.

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